dimanche 20 décembre 2015

Cecilia Bartoli et Rolando Villazon

Philharmonie, Paris

Airs d'opéra de Mozart, Rossini, Donizetti, Bellini


Cosi fan tutte "Ouverture" - Wolfgang Amadeus Mozart
Cosi fan tutte "Si mostra la sorte" - Wolfgang Amadeus Mozart - RV
Cosi fan tutte "Chi sa, chi sa, qual sia" - Wolfgang Amadeus Mozart - CB
Don Giovanni "Quel casinetto è mio... Là ci darem la mano" -Wolfgang Amadeus Mozart - CB&RV
La Cenerentola "Ouverture" - Gioacchino Rossini
L'elisir d'amore "Una furtiva lagrima" - Gaetano Donizetti - RV
La Cenerentola "Nacqui all'affano" - Gioacchino Rossini - CB
L'elisir d'amore "Una parola, o Adina" - Gaetano Donizetti - CB&RV
Concerto pour hautbois et cordes en si bémol majeur - Vincenzo Bellini
"Toma, vezzosa fillide" - Vincenzo Bellini - RV
L'échelle de soie "Ouverture" - Gioacchino Rossini
Otello "Assisa a pie d'un salice" - Gioacchino Rossini - CB
Otello "Deh calma, o ciel, nel sonno" - Gioacchino Rossini - CB
Otello "Eccomi giunto inosservato" - Gioacchino Rossini - CB&RV
Otello "Non arrestare il colpo" - Gioacchino Rossini - CB&RV
Otello "Notte per me funesta" - Gioacchino Rossini - CB&RV

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Rolando Villazon, ténor
Orchestra La Scintilla an der Oper Zùrich
Ada Pesch, violon solo

http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/recital/15149-cecilia-rolando-en-concert

Tout était dans la photo du programme montrant Rolando et Cecilia sur un side-car, des sourires jubilatoires sur leurs visages... Je dois dire que je n'apprécie que moyennement les concerts d'extraits d'opéras, préférant les œuvres complètes, me lasse vite des prouesses bel cantistes, et n'aime pas trop les spectacles le dimanche après-midi, mais... je n'avais pas résisté au side-car !

Grand bien m'en prit, car ce concert fut un régal. Parfaitement construit avec une fine progression dans le choix des morceaux et des enchaînements, c'est une œuvre-spectacle et non une simple succession d'extraits.

Cecilia et Rolando sont incroyables, ils chantent naturellement, sans effort apparent, les airs les plus virevoltants, passant de la légèreté au drame, de l'émotion au rire. Deux voix parfaites qui s'unissent harmonieusement dans leurs duos.
Cecilia est en robe de princesse, Rolando en smoking noir et bordeaux. Leur Otello de Bellini est poignant, mais les rappels nous ramènent à la joie, enchaînant espagnolade, valse et le libiamo de la Traviata, verres à la main ! C'est d'une grande théâtralité et rappelle en cela dans un autre style et une autre époque les concerts de Barbara, avec cette capacité à créer une relation de fusion avec le public dans un spectacle d'une précision millimétrée.

J'admire ce volontarisme de Cecilia Bartoli à donner du bonheur et son habileté à réussir, un sourire radieux aux lèvres, et j'apprécie cette liberté de Rolando Villazon de parfois... faire le pitre !

Recommencez et je reviendrai... S'il reste des places.


samedi 19 décembre 2015

Sergey Khachatryan, Narek Nakhnazaryan, Valery Gergiev, Orchestre de Paris

Philharmonie, Paris

Double concerto pour violon et violoncelle en la mineur op.192 - Johannes Brahms

Symphonie fantastique op.14 - Hector Berlioz


Orchestre de Paris
Valery Gergiev, direction
Sergey Khachatryan, violon
Narek Nakhnazaryan, violoncelle

http://www.orchestredeparis.com/fr/concerts/valery-gergiev-dirige-la-symphonie-fantastique_2812.html

La Symphonie Fantastique, œuvre la plus connue du compositeur des terres froides dauphinoises, est régulièrement au programme de l'Orchestre de Paris. Ce samedi soir, c'est Valery Gergiev qui mène le jeu. Dans un tempo assez lent, il met l'orchestre sous tension et fait ressortir chaque instrument, me rappelant les grands moments d'un Chung. Fantastique, elle l'est cette symphonie sous la baguette du maestro russe : douce, mystérieuse et par moment tourbillonnante.

L'avantage d'une salle comme la Philharmonie, où le public entoure la scène, est qu'elle offre des perspectives nouvelles sur l'orchestre. De mon trois-quarts arrière cour, j'ai ainsi une vue plongeante sur les percussions, richement représentées : timbales, cymbales, tambours et grosses caisses, et c'est un vrai plaisir de suivre le jeu des percussionnistes.

Mais que Berlioz et le romantisme français ne nous fassent pas oublier la première partie du concert, le double concerto pour violon et violoncelle de Brahms, interprété par deux jeunes et talentueux artistes arméniens : Sergey Khachatryan et Narek Hakhnazaryan. Un joli moment prolongé par un rappel enjoué (Bach ?).

Étonnant quand même la sur-représentation du B comme initiale patronymique chez les grands musiciens, non ?


jeudi 10 décembre 2015

Le Château de Barbe-Bleue - La Voix Humaine

Palais Garnier, Paris

Le Château de Barbe-Bleue - Bêla Bartok

La Voix Humaine - Francis Poulenc


Orchestre de l'Opéra National de Paris
Esa-Pekka Salonen, direction
Krzysztof Warkikowski, mise en scène

Le château de Barbe-Bleue
John Relyea, Barbe-Bleue
Judith, Ekaterina Gubanova

La voix humaine
Elle, Barbara Hannigan
Lui, Claude Bardoull

https://www.operadeparis.fr/saison-15-16/opera/le-chateau-de-barbe-bleue-la-voix-humaine

J'aime le Château de Barbe-Bleue, c'est un fait ! Cette représentation au Palais Garnier est de qualité, que ce soit pour l'orchestre dirigé par le chef finlandais Salonen, l'interprétation des chanteurs canadien Relyea et russe Gubanova ou la mise en scène du polonais Warlikowski.

Mais je dois avouer que deux mois après une extraordinaire représentation au Capitole de Toulouse, je suis probablement moins réceptif â d'autres choix, et cette mise en scène centrée sur la relation du couple me convainc moins. Belle trouvaille cependant que ces pièces sur praticable qui glissent sur la scène lorsque leurs portes sont ouvertes et viennent petit à petit construire le décor d'un château complexe.

L'idée forte est le choix d'une continuité entre le Château et la Voix humaine, d'une femme à l'autre, toutes deux jalouses et torturées des questions qu'elles adressent à leurs hommes.

Barbara Hannigan est hallucinante de souplesse mais... ces contorsions sont elles indispensables ? Heureusement sa voix hallucinée n'en pâtit pas et l'œuvre la plus austère de Poulenc est très fidèlement chantée.

Merci à l"Opéra de Paris d'oser ces œuvres et ces choix, que je reverrai volontiers et apprécierai probablement plus dans quelques années !


dimanche 11 octobre 2015

Le Prisonnier - Le Château de Barbe-Bleue

Théâtre du Capitole, Toulouse

Le Prisonnier - Luigi Dallapicolla

Le Château de Barbe-Bleue - Béla Bartok


Orchestre national et choeur du Capitole
Tito Ceccherini, direction
Aurélien Bory, mise en scène

Le prisonnier
La mère, Tanja Ariane Baumgartner
Le prisonnier, Levent Bakirci
Le geôlier - l'inquisiteur, Gilles Ragon
Un prêtre, Dongjin Ahn
Un prêtre, Jean-Luc Antoine

Le château de Barbe-Bleue
Barbe-Bleue, Balint Szabo
Judith, Tanja Ariane Baumgartner
Le barde, Yaëlle Antoine
Première épouse, Leslie Barra
Deuxième épouse, Stéphanie Fuster
Troisième épouse, Katell Le Brenn

http://www.theatreducapitole.fr/1/saison-2015-2016/opera-540/le-prisonnier-le-chateau-de-barbe.html

Génialissime ! Extraordinaire ! Que les superlatifs pleuvent comme ce fut le cas des applaudissements à la fin de cette mémorable représentation du château de Barbe Bleue !

Mais commençons par le début et ce choix osé du Capitole de regrouper deux opéras âpres du 20e siècle traitant du thème de l'enfermement. Vous me direz qu'on peut difficilement mélanger Barbe-Bleue et Les mamelles de Tirésias, certes ! Mais les places libres laissaient supposer que certains abonnés avaient été rebutés par ces musiques et cette thématique et préféré passer ce chaud après-midi d'automne sous le soleil toulousain...

Il Prigioniero est un opéra de Luigi Dallapicolla très sombre, où l'espoir se révèle n'être qu'une illusion, pire, un piège. Un rideau flottant ferme la scène, sur lequel sont projetés les dessins de Vincent Fortemps, tels des graffiti à l'encre de Chine. Le prisonnier s'y appuie, s'y accroche dans son chemin vers la liberté, trébuchant, espérant. La musique hésite entre dissonance et bel canto, la lumière vacille, les chanteurs incarnent la douleur (Tanja Ariane Baumgartner), l'espoir et l'angoisse (Levent Bakirci) et la terreur (Gilles Ragon). Pas gai tout ça, mais superbement réussi !

Le Château de Barbe-Bleue, court et unique opéra de Béla Bartok, est souvent donné en version de concert, plus rarement mis en scène. Cela vient sans doute de la difficulté à trouver la valeur ajoutée d'une version scénique alors qu'en concert l'imagination fait le travail ! Le livret fait d'éléments très concrets - le château et ses portes - recèle un propos aux interprétations multiples. Conte psychanalytique, philosophique, portrait d'une relation homme femme, histoire d'amour et d'égoïsmes... Que faire de tout cela sur scène ?

Aurélien Bory crée un équilibre parfait entre symbolisme et réalisme, entre abstraction et figuration. Ce grand panneau fait de plusieurs arceaux que Judith mettra en mouvement à chaque ouverture de porte est tout simplement génial. Cette récitante en langage des signes rendrait jaloux tout metteur en scène. Et ce Barbe-Bleue et cette Judith sont à la fois figures humaines, mythiques et oniriques.

Sur le plan musical, l'orchestre dirigé par Tito Ceccherini nous capture dès les premières notes qui s'élèvent à l'aube de l'histoire. Balint Szabo est un Barbe-Bleue majestueux et mystérieux, on se délecte de la variété des Kekszakallu (Barbe-Bleue en hongrois) prononcés par Tanja Ariane Baumgartner. L'ouverture de la cinquième porte, halètement d'orchestre qui explose en un accord en fusion avec un cri de Judith, vous arrache des frissons.

Ce Château est un spectacle complet, pour les oreilles et les yeux, pour la raison et les sensations. Mémorable cadeau d'anniversaire, merci !


lundi 14 septembre 2015

Der Freischütz

Théâtre des Champs-Élysées, Paris

Der Freischütz - Carl Maria von Weber


NDR Sinfonieorchester Hamburg
WDR Rundfunkchor Köln
NDR Chor Hamburg
Thomas Hengelbrock, direction
Agathe, Véronique Gens
Max, Nikolai Schukoff
Annette, Christina Landshamer
Kouno, Yorck Felix Speer
Ottokar, Mijenko Turk
L'Ermite, Franz-Josef Selig
Gaspard, Dimitry Ivashchenko
Samiel - récitant, Graham F. Valentine

http://www.theatrechampselysees.fr/saison/opera-en-concert-oratorio/le-freischutz

Le Freischütz fait partie de ces œuvres qu'on apprécie un peu plus à chaque écoute, à la fois trait d'union entre ce qui la précède et ce qui la suit, et œuvre majeure et magnifique en soi. On y entend des récitatifs et grands airs dans la continuité de Mozart, on y perçoit déjà des timbres wagnériens...

Le Freischütz, c'est une forêt profonde, une montagne enneigée, un tableau de Caspar David Friedrich. C'est la naissance du romantisme allemand.

J'avoue ne pas être totalement séduit par cette version donnée parfois en France dans laquelle les chants sont en langue originale allemande, mais les dialogues parlés remplacés par un texte en français dit par un récitant.

Cette réserve exprimée, il ne me restera que des éloges pour cette représentation enthousiasmante : tout d'abord l'orchestre et son chef Thomas Hengelbrock, d'une extrême précision et unité, avec un timbre très allemand qui faisait plaisir à entendre. Est ce la technique des cors et autres vents qui font ce timbre ? Il ne s'agit pas de dire qu'un son "allemand" est meilleur qu'un autre, c'est juste que pouvoir encore distinguer des sons différents dans un monde musical naturellement internationalisé est bien agréable.

Quant aux chanteurs, tout aussi précis que l'orchestre, ils partageaient un chant naturel, évident, avec une légère retenue les rendant bien plus convaincants que bien des hurlements !
Je citerai la virevoltante Annette interprétée par Christina Landshamer, la rêveuse Agathe et son air comme un vol de plume lancé en toute douceur par Véronique Gens, le sombre Gaspard de Dimitry Ivashchenko et naturellement le bref passage du grand Franz-Josef Selig. Mon coup de cœur va cependant au Max de Nikolai Schukoff, pour moi tout simplement parfait : oubliée la performance vocale, place à la musique grace à un bel équilibre entre puissance, diction et musicalité.

Dernier plaisir... La salle était comble et enthousiaste !

Salutations des artistes à la fin du Freischütz au Théâtre des Champs Élysées à Paris


A lire :
http://www.resmusica.com/2015/09/20/le-freischutz-au-theatre-des-champs-elysees/
http://blogs.qobuz.com/andretubeuf/2015/09/16/le-freischutz-de-weber-au-theatre-des-champs-elysees/