jeudi 27 décembre 2012

Carmen

Opéra National de Paris, Opéra Bastille

Carmen - Georges Bizet


Orchestre et choeur de l’Opéra national de Paris
Philippe Jordan, direction
Yves Beaunesne, mise en scène
Nikolai Schukoff, Don José
Ludovic Tézier, Escamillo
Edwin Crossley-Mercer, Le Dancaïre
François Piolino, Le Remendado
François Lis, Zuniga
Alexandre Duhamel, Morales
Karine Deshayes, Carmen
Genia Kühmeier, Micaela
Olivia Doray, Frasquita
Louise Callinan, Mercedes
Philippe Faure, Lillas Pastia
Frédéric Cuif, Un Guide

Pas d’accord avec les critiques de la Carmen à l’opéra Bastille en ce moment !
Au contraire, c’est une très belle représentation. Le contexte de la Carmen est revu dans les années après guerre en Espagne, ce que n’auraient renié ni Prosper Mérimée ni Georges Bizet, avec des artistes qui osent une représentation revisitée, difficile et pourtant possible de ce classique. La Carmen blonde, et pourquoi pas ?

Le spectacle est là avec sa mise en scène « moderne », pas contemporaine, je rappelle, nous sommes dans ce spectacle, dans les années d’après guerre et cela marche ! C’est crédible, vivant et plein d’inventions. Comme cette corrida simulée grâce aux arts de la rue (géants, acrobates, jongleurs), et quel meilleur hommage à rendre aux artistes de la rue surtout en ce moment ? Evidemment, la partition soutient le spectacle, on s’y retrouve avec « l’amour est un oiseau rebelle… » ou « Torreador » avec la magnifique voix de Escamillo chanté par Ludovic Tézier. Quand à Micaela chantée par Genia Kühmeier, rien que son chant vaut le déplacement !

Allez-y c’est plein de poésie, de castagnettes, de flûte traversière, de harpe, de violons, de voix, de vélos, d’enfants, de chœurs et de couleurs ! Je leur dis Bravo !

[Publié par Chantal]

dimanche 16 décembre 2012

La Cenerentola

Opéra National de Paris, Palais Garnier

La Cenerentola – Gioacchino Rossini


Orchestre et choeur de l’opéra national de Paris
Riccardo Frizza, direction
Jean-Pierre Ponnelle, mise en scène, décors et costumes
Grischa Asagaroff, réalisation
Maxim Mironov, Don Ramiro
Nicola Alaimo, Dandini
Bruno de Simone, Don Magnifico
Claudia Galli, Clorinda
Anna Wall, Tisbe
Marianna Pizzolato, Angelina
Adrian Sampetrean, Alidoro

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=CEA&SpeNum=40193

Trois heures de détente et bonheur, c’est ce que nous a offert cette représentation de la Cenerentola au Palais Garnier. Un de ces spectacles où tout n’est que rondeur et harmonie.

Ces moments sont d’autant plus forts que l’on ne les attend pas… car je dois avouer que je n’avais pas mis de gros enjeux sur ce spectacle : j’aime modérément le Bel Canto, Rossini m’avait laissé un bon souvenir dans Guillaume Tell, aucun souvenir dans Le Barbier de Séville – oui je sais, c’est un classique, je ne devais pas être en forme ce jour là -, aucun des chanteurs annoncés ne m’était familier – incroyable pour un prétendu amateur d’opéra -, et j’avais un week-end bien chargé avec d’autres soucis en tête. Alors pourquoi y aller quand même ? Peut-être justement par espoir de ces petits miracles…

Mais assez parlé de moi, revenons à notre Cenerentola. L’histoire, c’est Cendrillon, le célèbre conte de Perrault, revu et transformé par le librettiste Jacopo Ferretti. Les divers changements apportés à l’histoire lui confèrent d’une part un suspense nouveau pour un conte qu’on croyait depuis Disney connaitre par coeur, et d’autre part un humour de second degré, parfois au bord de l’absurde, par exemple lorsque les chaussures sont remplacées par des bracelets, la belle-mère par un beau-père, la fée par un philosophe…

La mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle, décédé en 1988, est une reprise ; il semble qu’elle ait été créée au Bayerische Staatsoper de Munich en 1980. Elle est tout simplement intelligente et efficace. Parfaitement adaptée au Palais Garnier, elle permet de passer très rapidement d’une scène à l’autre, avec une grande précision de jeu, et d’assurer ainsi la continuité féérique de l’histoire.

L’orchestre et son chef du jour Riccardo Frizza sont parfaits, le charme opère dès l’ouverture, qui emplit douillètement la salle dès les première notes. La distribution est équilibrée, tous les chanteurs sont excellents, aussi bien dans leur exercice vocal que dans leur jeu d’acteur, et semblent tout à fait à l’aise dans cette histoire, cette musique, cette mise en scène. Marianna Pizzolato, en Angelina-Cendrillon, a tout pour elle : elle est jeune, belle, a une voix magnifique, profonde et fruitée, et une présence naturelle et radieuse sur scène.

On reprend ce spectacle l’année prochaine ?!

jeudi 13 décembre 2012

Jaap van Zweden, Orchestre de Paris

Salle Pleyel, Paris

Symphonie concertante pour violon et alto en mi bémol majeur K364 – Mozart

Symphonie « Manfred » en si mineur op.58 – Piotr Ilitch Tchaïkovski


Orchestre de Paris
Jaap van Zweden, direction
Roland Daugareil, violon
Ana Bela Chaves, alto

http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=12562

J’ame de plus en plus Tchaïkovski, je l’ai déjà dit…
La symphonie Manfred est donnée ce soir par un Orchestre de Paris limpide dans cette oeuvre inhabituelle, sous la direction précise de Jaap van Zweden. Rarement jouée, elle requiert une formation importante et dure près d’une heure.

Grand amateur de Sibelius, je réalise que Tchaikovski et le compositeur finlandais ont une proximité non seulement géographique et alphabétique, mais également musicale. Cette parenté m’apparait dans certains passages des 1er et 4e mouvements, où les cordes, comme en suspension et associées aux cuivres jaillissant en élans répétitifs, créent un climat entre éternité et urgence. Il semble également que Tchaïkovski soit au fil du temps devenu très critique sur sa symphonie Manfred, comme Sibelius le fut à l’égard de Kullervo.

Mais pas de doute, c’est bien Tchaïkovski qu’on entend, dans 4 mouvements riches en couleurs. Le 1er est sombre et grave, le 2e, vif et champêtre, fait penser à une musique de film – pourquoi pas Sissi impératrice ?! -, le 3e, sonore, se termine par des cloches au timbre très russe qui m’évoquent Rimski-Korsakov dans Kitège ; enfin, le 4e mouvement surprend par l’intervention solemnelle de l’orgue.

Si mon coeur bat ce soir là pour Tchaïkovski, mon oreille a auparavant été charmée par la symphonie concertante pour violon et alto de Mozart donnée en première partie. Oeuvre rare, elle joue de la juxtaposition du violon et de l’alto, instruments frères, que les deux interprêtes font dialoguer avec grâce.

Programme atypique, essai transformé !

jeudi 6 décembre 2012

Evgeny Kissin, Peter Oundjian, Orchestre de Paris

Salle Pleyel, Paris

Mascarade, suite : valse (1er mouvement) & nocturne (2e mouvement) – Aram Khatchaturian

Spartacus, suite n°1 : variation d’Egine et bacchanale (3e mouvement) – Aram Khatchaturian

Concerto pour piano – Edvard Grieg

Symphonie n°2 « Petite Russie » – Piotr Ilitch Tchaïkovski


Orchestre de Paris
Peter Oundjian, direction
Evgeny Kissin, piano

http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=12440

J’aime de plus en plus Tchaïkovski.
Sa musique symphonique donne une large place aux instruments à vent, avec par moment des solos d’une très grande beauté.

Ce sont les cors qui ouvrent la 2e symphonie.
Le ton est sombre et romantique ; le thème, inspiré d’une chanson traditionnelle, sera repris tout au long du 1er mouvement. Le 2e mouvement est ample, le 3e, sous tension, a de charmantes allures beethoveniennes, le 4e, flamboyant, fait sonner les cuivres.

En première partie de soirée, l’orchestre a joué des extraits très entrainants de suites du compositeur arménien Khatchaturian, manière peut-être un peu facile de séduire un public ravi – dont je fais ma foi partie -, avant d’accueillir le pianiste Evgeny Kissin pour le célèbre concerto de Grieg. Le jeune virtuose a déployé tout son talent dans cette oeuvre puissante.

Décidément un beau début de saison pour l’Orchestre de Paris.

vendredi 19 octobre 2012

Madame Butterfly

Den Norske Opera and Ballett, Oslo, Norvège

Madame Butterfly – Giacomo Puccini


Orchestre et choeur de l’opéra
John Helmer Fiore, direction
Stephen Langridge, mise en scène
Svetla Vassileva, Cio-Cio-San
Diego Torre, Pinkerton
Ole Jorgen Kristiansen, Sharpless
Tone Kummervold, Suzuki
Brenden Gunnell, Goro
Carsten Stabell, le Bonze
Gabriel Birjovanu, Yamadori
Elisabeth Teige, Kate Pinkerton
Le commissaire impérial, Jorgen Backer

http://www.operaen.no/Default.aspx?ID=29013&ProductID=PROD868

Oslo s’est doté d’un magnifique opéra, inauguré en 2008. L’extérieur est blanc, tout en lignes pures qui s’entrecroisent, en avancée sur la mer. L’intérieur fait large place au bois, dans un style classique du design scandinave, ou en tous cas de l’image que j’en ai. Le lieu est agréable et la représentation de ce vendredi soir affiche complet.

La mise en scène mélange représentation traditionnelle et distanciation, avec un bureau (meuble) où s’affaire un personnage qui tire malgré lui les ficelles de l’intrigue : est ce le compositeur, le librettiste, l’entremetteur ou finalement tout simplement l’enfant ? Le premier acte a un peu de mal à prendre, d’autant plus que l’oeuvre est donnée dans sa version originale de 1904, qui n’ajoute à mon avis rien d’essentiel et a plutôt tendance à rompre le rythme de l’acte. Mais peut-être mes oreilles sont elles trop habituées à la version « standard » majoritairement jouée…
Quoiqu’il en soit, le charme opère à nouveau dès le début du second acte, dans le dialogue croisé de Butterfly et Sharpless, puis dans la préparation de la maison avec le duo de l’héroine et sa servante, et l’attente jusqu’au tragique dénouement final.

Tous les chanteurs sont de qualité, Svetla Vassileva est convaincante en Cio-Cio-San, et Diego Torre tient parfaitement son rôle de tête à claques… Mais au sein de cette distribution mon coeur penche vers Tone Kummervold, mezzo-soprano originaire de Trondheim, qui incarne avec justesse une Suzuki émue et émouvante, discrète et forte, fidèle amie et dévouée servante. Souhaitons lui une belle carrière.

L'Opéra d'Oslo vu depuis le fjord.

jeudi 4 octobre 2012

Anja Harteros, Tomas Netopil, Orchestre de Paris

Salle Pleyel, Paris

Taras Bulba – Leos Janacek

Vier letzte Lieder – Richard Strauss

Symphonie n°9 « du Nouveau Monde » – Antonin Dvorak


Orchestre de Paris
Tomas Netopil, direction
Anja Harteros, soprano

http://www.sallepleyel.fr/francais/concert/12367-orchestre-de-paris-tomas-netopil-anja-harteros

Anja Harteros fait partie des plus grandes, le concert de l’Orchestre de Paris durant lequel elle interpréta les Quatre derniers Lieder de Strauss l’a démontré à nouveau. Le public parisien avait eu l’occasion de s’enthousiasmer pour sa voix et son jeu dans une version de concert de La Bohême, au Théâtre des Champs Élysées en 2011, il la découvrit mercredi dans ces Lieder de Strauss à la fois si beaux et si difficiles à porter en concert.

Les Quatre derniers Lieder sont souvent considérés comme le testament musical de Strauss, il les composa en 1948 à l’âge de 84 ans, on y trouve les notes chaudes et la douceur fleurie d’un Capriccio, mais aussi une gravité nouvelle. S’agit il de l’approche de la mort, ou d’une tardive prise de conscience des années noires que vient de traverser le monde ? Quoiqu’il en soit, c’est un cycle musical beau et fort.

Anja Harteros est vêtue d’une longue robe noire qui lui couvre bras et épaules, un peu austère, elle est immobile et semble avoir totalement intériorisé la musique de Strauss et les textes de Hesse et Eichendorff. Sans livret, elle chante comme dans une transe – parfaitement maitrisée ! Chez la soprano allemande, puissance et technique semblent une évidence, laissant la place à une interprétation à la fois électrique et toute en nuances, reflet des multiples couleurs de ces Lieder. On pense à la tragédie grecque, on pense à Elisabeth Schwarzkopf, et on ne pense plus à rien gagné par l’émotion.

Mais que cette chanteuse d’exception ne nous fasse pas oublier le reste du concert, avec un Orchestre de Paris à son meilleur, dirigé par Tomas Netopil, d’une grande clarté et homogénéité. Dans la Symphonie du Nouveau Monde, les cordes sont tantôt sombres, tantôt sonores, et les bois se répondent avec bonheur dans le 2e mouvement. Quant au Taras Bulba, rarement joué, on y retrouve les sonorités de Janacek, une musique qui parle directement au coeur.

mardi 24 juillet 2012

Emma Johnson, récital de clarinette

Three Choirs Festival 2012 – Shirehall, Hereford, UK

Mendelssohn, Schumann, Ireland, Poulenc, Stravinsky, Bliss, Horovitz, Gerschwin


Emma Johnson, clarinette
John Lenehan, piano

Il est 11h du matin, la jolie salle aux tons bleu pale du Shirehall de Hereford est baignée de lumière, Emma Johnson entre en scène, souriante et énergique, clarinette en main, bottes noires à la Robin des bois et robe façon écailles de poisson.

Avec son complice John Lenehan au piano, elle nous enchante dans un programme varié et international : à la sonate que Mendelssohn écrivit à l’âge de 15 ans succèdent les romantiques Fantasiestücke de Schumann. La musique anglaise est représentée par John Ireland et Arthur Bliss : le premier, qui considérait la clarinette comme son instrument à vent préféré, a composé entre 1939 et 1943 une sonate lyrique et vive, devenue classique du répertoire anglais ; le second était soldat en France en 1916 lorsqu’il composa sa Pastorale, évoquant une douce campagne anglaise loin des horreurs de la guerre.

Pour la sonate de Poulenc Emma Johnson a choisi de changer sa tenue pour une tunique aux couleurs vives, nous expliquant ainsi illustrer les psychadéliques années 60.

Car Emma Johnson parle ! Avec humour, elle nous présente les oeuvres et leur contexte musical ou historique, établissant dès les premiers mots et premières notes un lien de proximité avec un public conquis – à vrai dire conquis d’avance, ah, on l’aime Emma en Angleterre depuis ses débuts en 1984 lorsqu’elle gagna adolescente le concours de la BBC du jeune musicien de l’année.

Le programme se poursuit avec de courtes oeuvres de Stravinsky, dont une première pièce donnant la parole au registre bas de la clarinette, et d’Horowitz, pour se terminer par un rappel réjouissant : Walking the dog de Gerschwin.

La clarinettiste et le pianiste ont l’habitude de jouer ensemble et visiblement plaisir à cela, ils ont d’ailleurs enregistré plusieurs disques , dont récemment la Suite for Emma (!) composée par John Dankworth pour l’artiste.

Regrettons simplement que ces talents ne traversent pas plus souvent la Manche.

Emma Johnson en tunique psychadélique, au Shirehall de Hereford

lundi 23 juillet 2012

A Sea Symphony, Philharmonia Orchestra

Three Choirs Festival 2012 – Hereford Cathedral, UK

Ouverture Calm sea and prosperous voyage – Felix Mendelssohn

Rivers to the Sea – Joseph Phibbs

A Sea Symphony – Ralph Vaughan Williams


Philharmonia Orchestra
Festival Chorus
Adrian Partington, direction
Ailish Tynan, soprano
Owen Gilhooly, baryton

J’ai entendu pour la première fois la Sea Symphony presque par hasard en 2008, dans la Cathédrale de Worcester. Son interprétation avait été précédée de la remise par la Ralph Vaughan Williams Society d’un Lifetime Achievement Award à Sir David Willcocks. Le chef d’orchestre, remerciant l’association pour l’honneur qui lui était fait, en vint vite à parler de l’oeuvre que nous allions écouter et qu’il avait souvent dirigée. Imaginant qu’il y avait dans le public des gens qui allaient entendre pour la première fois les notes d’ouverture de la symphonie, il nous déclara envier leur chance. Ce petit homme de près de 90 ans dont les yeux brillaient en nous disant ces mots restera attaché dans ma mémoire à la Sea Symphony. Je faisais partie des néophytes de cette soirée et fus conquis par l’oeuvre.

Quatre années plus tard, le bonheur fut renouvelé à Hereford. La soirée était sous le thème de la mer, avec en première partie l’ouverture de Mendelssohn Mer calme et heureux voyage, suivie d’une oeuvre contemporaine de Joseph Phibbs, enveloppante et apaisante, nous préparant en seconde partie à la fameuse Symphonie « Maritime ».
Les premières notes sonnèrent fulgurantes, rejointes par le choeur en tension, puis s’enchainèrent orages et accalmies portés par le Philharmonia Orchestra et Adrian Partington. On imagine volontiers les deux solistes irlandais avoir grandi au bord de rivages battus par les mers… Ailish Tynan explosive et Owen Gilhooly solitaire, tout deux gardant une parfaite maitrise de leur voix pendant la tempête…

Vous l’aurez compris, cette musique inspire de multiples images et divagations, et il ne faudrait pas en oublier le texte de Walt Whitman qu’elle porte majestueusement.
A surveiller donc les prochaines et trop rares représentations de la Sea Symphony.