vendredi 19 octobre 2012

Madame Butterfly

Den Norske Opera and Ballett, Oslo, Norvège

Madame Butterfly – Giacomo Puccini


Orchestre et choeur de l’opéra
John Helmer Fiore, direction
Stephen Langridge, mise en scène
Svetla Vassileva, Cio-Cio-San
Diego Torre, Pinkerton
Ole Jorgen Kristiansen, Sharpless
Tone Kummervold, Suzuki
Brenden Gunnell, Goro
Carsten Stabell, le Bonze
Gabriel Birjovanu, Yamadori
Elisabeth Teige, Kate Pinkerton
Le commissaire impérial, Jorgen Backer

http://www.operaen.no/Default.aspx?ID=29013&ProductID=PROD868

Oslo s’est doté d’un magnifique opéra, inauguré en 2008. L’extérieur est blanc, tout en lignes pures qui s’entrecroisent, en avancée sur la mer. L’intérieur fait large place au bois, dans un style classique du design scandinave, ou en tous cas de l’image que j’en ai. Le lieu est agréable et la représentation de ce vendredi soir affiche complet.

La mise en scène mélange représentation traditionnelle et distanciation, avec un bureau (meuble) où s’affaire un personnage qui tire malgré lui les ficelles de l’intrigue : est ce le compositeur, le librettiste, l’entremetteur ou finalement tout simplement l’enfant ? Le premier acte a un peu de mal à prendre, d’autant plus que l’oeuvre est donnée dans sa version originale de 1904, qui n’ajoute à mon avis rien d’essentiel et a plutôt tendance à rompre le rythme de l’acte. Mais peut-être mes oreilles sont elles trop habituées à la version « standard » majoritairement jouée…
Quoiqu’il en soit, le charme opère à nouveau dès le début du second acte, dans le dialogue croisé de Butterfly et Sharpless, puis dans la préparation de la maison avec le duo de l’héroine et sa servante, et l’attente jusqu’au tragique dénouement final.

Tous les chanteurs sont de qualité, Svetla Vassileva est convaincante en Cio-Cio-San, et Diego Torre tient parfaitement son rôle de tête à claques… Mais au sein de cette distribution mon coeur penche vers Tone Kummervold, mezzo-soprano originaire de Trondheim, qui incarne avec justesse une Suzuki émue et émouvante, discrète et forte, fidèle amie et dévouée servante. Souhaitons lui une belle carrière.

L'Opéra d'Oslo vu depuis le fjord.

jeudi 4 octobre 2012

Anja Harteros, Tomas Netopil, Orchestre de Paris

Salle Pleyel, Paris

Taras Bulba – Leos Janacek

Vier letzte Lieder – Richard Strauss

Symphonie n°9 « du Nouveau Monde » – Antonin Dvorak


Orchestre de Paris
Tomas Netopil, direction
Anja Harteros, soprano

http://www.sallepleyel.fr/francais/concert/12367-orchestre-de-paris-tomas-netopil-anja-harteros

Anja Harteros fait partie des plus grandes, le concert de l’Orchestre de Paris durant lequel elle interpréta les Quatre derniers Lieder de Strauss l’a démontré à nouveau. Le public parisien avait eu l’occasion de s’enthousiasmer pour sa voix et son jeu dans une version de concert de La Bohême, au Théâtre des Champs Élysées en 2011, il la découvrit mercredi dans ces Lieder de Strauss à la fois si beaux et si difficiles à porter en concert.

Les Quatre derniers Lieder sont souvent considérés comme le testament musical de Strauss, il les composa en 1948 à l’âge de 84 ans, on y trouve les notes chaudes et la douceur fleurie d’un Capriccio, mais aussi une gravité nouvelle. S’agit il de l’approche de la mort, ou d’une tardive prise de conscience des années noires que vient de traverser le monde ? Quoiqu’il en soit, c’est un cycle musical beau et fort.

Anja Harteros est vêtue d’une longue robe noire qui lui couvre bras et épaules, un peu austère, elle est immobile et semble avoir totalement intériorisé la musique de Strauss et les textes de Hesse et Eichendorff. Sans livret, elle chante comme dans une transe – parfaitement maitrisée ! Chez la soprano allemande, puissance et technique semblent une évidence, laissant la place à une interprétation à la fois électrique et toute en nuances, reflet des multiples couleurs de ces Lieder. On pense à la tragédie grecque, on pense à Elisabeth Schwarzkopf, et on ne pense plus à rien gagné par l’émotion.

Mais que cette chanteuse d’exception ne nous fasse pas oublier le reste du concert, avec un Orchestre de Paris à son meilleur, dirigé par Tomas Netopil, d’une grande clarté et homogénéité. Dans la Symphonie du Nouveau Monde, les cordes sont tantôt sombres, tantôt sonores, et les bois se répondent avec bonheur dans le 2e mouvement. Quant au Taras Bulba, rarement joué, on y retrouve les sonorités de Janacek, une musique qui parle directement au coeur.