samedi 9 février 2013

La Khovantchina

Opéra National de Paris, Opéra Bastille

La Khovantchina – Modeste Moussorgski


Orchestre et coeur de l’opéra national de Paris
Michail Jurowski, direction
Andrei Serban, mise en scène
Gleb Nikolsky, Prince Ivan Khovanski
Vladimir Galouzine, Prince Andrei Khovanski
Vsevolod Grivnov, Prince Vassili Golitsine
Sergey Murzaev, Chakloviti
Orlin Anastassov, Dosifei
Larissa Diadkova, Marfa
Marina Lapina, Susanna
Vadim Zaplechny, Le Clerc
Nataliya Tymchenko, Emma
Yuri Kissin, Varsonofiev
Vasily Efimov, Kouzka
Vladimir Kapshuk, Strechniev
Igor Gnidii, Premier Strelets
Maxim Mikhailov, Deuxième Strelets
Se-Jin Hwang, Un confident de Golitsine

La Khovantchnina, ce titre déjà est énygmatique pour qui ne s’est pas encore intéressé à l’histoire, s’agit il d’une belle ténébreuse au destin pathétique ? d’une grande danseuse russe ? d’une espionne à la Ninotchka ?
Et puis il y a cette valse des transcriptions qui fait qu’on ne sait jamais comment l’écrire, comment le prononcer : Chowanschtschina en allemand, Khovanshchina en anglais, Jovánschina en espagnol. Quant à l’italien, Wikipedia nous indique qu’il propose 4 transcriptions : Chovanščina, Kovancina, Kovantscina, Khovanshchina !

Voilà qui, pour un spectateur occidental, contribue à poser un voile de mystère sur cet opéra…
En fait, la Khovantchina,, on pourrait l’appeler la Khovantchinade, ou l’affaire Khovantski, du nom des deux proganistes, les princes Ivan et Andrei – père et fils – qui fomentent une révolte contre le pouvoir central tsariste – représenté dans l’opéra par le prince Vassili Golitsine – qui, en cette fin de XVIIe siècle, tente d’ouvrir le pays et de le rapprocher des sociétés européennes. L’église des Vieux-Croyants, menée par le sombre et charismatique Dosifei, prône également le maintien de l’ordre ancien. Au centre de cette « troïka » on trouve Marfa, ancienne maîtresse d’Andrei, voyante prédisant un avenir funeste à Golitsine, et membre des Vieux-Croyants.

« Pour cette grande fresque historique, Moussorgski compose un opéra sombre et envoûtant, une musique qui semble venir du fond des âges. ». Ces quelques mots extraits du site Internet de l’Opéra de Paris donnent parfaitement la couleur de l’oeuvre.
Pouvoir, religion, séduction, violence, intrigues, alliances, croyances, traditions, plaisirs, sacrifices, voilà les mot-clefs de cette œuvre où s’opposent monde ancien et monde nouveau. On y perçoit un peuple russe passionné, complexe, dans un épisode annonciateur des multiples bouleversements que connaitra le pays.

La musique de Moussorgski est puissante et envoûtée ; nourrie de sonorités traditionnelles, elle met particulièrement en valeur la langue et le timbre russes.
Bon, vous l’aurez compris, j’aime la Khovantchina… Et la représentation de ce samedi 9 février 2013 fut à la hauteur de mes attentes : direction énergique de Michail Jurowski, palette de chanteurs tous excellents, orchestre et choeur habités.

Petit point d’interrogation amusant, qui a d’ailleurs suscité quelques rires dans la salle : l’imposant prince Ivan Khovantski ponctue à plusieurs reprises ses paroles d’un « spacibo » retentissant, sans que les surtitres n’affichent le mot « merci »… Je vais consulter mes amis russophones ou explorer le livret pour trouver l’explication de ce décalage !
Autre détail, j’ai trouvé que Larissa Diadkova, qui incarne et chante magnifiquement Marfa, ressemblait à Marie-France Garaud – aux trente années près qui les séparent naturellement -, ce qui était finalement assez adapté dans cette freque sur le pouvoir et la politique.

La mise en scène de Andrei Serban fonctionne très bien : les costumes et couleurs contrastés aident à suivre l’intrique et bien distinguer les différents personnages et groupes, l’espace de la grande scène de l’Opéra Bastille est exploité au mieux, et la lumière accompagne l’intrigue dans ses moments de secret ou d’exaltation.

Je ne peux cependant m’empêcher une petite pensée émue pour la première représentation de la Khovantchina à laquelle j’ai assisté en 1994 à Hambourg, dans une mise en scène de Harry Kupfer – que j’adore – et avec Olga Borodina en Marfa, qui remportait alors ses premiers succès internationaux. Représentation qui m’avait fait aimé cet opéra.