samedi 14 septembre 2013

L'Affaire Makropoulos

Opéra Bastille, Paris

L'Affaire Makropoulos - Leos Janacek


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Susanna Mälkki, direction
Krzysztof Warlikowski, mise en scène
Ricarda Merbeth, Emilia Marty
Atilla Kiss-B, Albert Gregor
Vincent Le Texier, Jaroslav Prus
Jochen Schmeckenbecher, Dr Kolenaty
Andreas Conrad, Vitek
Andrea Hill, Krista
Ladislav Elgr, Janek
Ryland Davies, Hauk-Sendorf

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=MAK&SpeNum=10376

Janacek occupe une place à part dans la musique. Certes moins connus du grand public que la Traviata ou les Noces de Figaro, ses opéras ont traversé le 20e siècle et sont maintenant aux répertoires de toutes les grandes maisons. Au premier abord la musique peut paraitre dure et âpre, la langue, slave sans les rondeurs du russe, nous est peu familière, et pourtant le mariage des deux donne des oeuvres fortes et originales qui parlent directement autant à nos émotions qu'à notre intelligence.

Katya Kabanova, Jenufa, l'Affaire Makropoulos, ces trois opéras de Janacek ont en commun un livret sombre et d'une grande intensité dramatique, mais alors que les deux premiers sont ancrés dans la réalité terrienne d'une vie de village, l'Affaire frôle le fantastique. C'est l'histoire d'une femme, Elina Makropoulos, qui a vécu plus de 300 ans sous différents noms partageant tous les initiales E.M. ; à l'époque de l'opéra, elle est une chanteuse célèbre, Emilia Marty, et cherche à retrouver la formule secrète qui lui donnera 300 années de vie supplémentaires. Magnifique et cynique, elle séduit les hommes pour arriver à ses fins, elle est la femme objet, la femme fatale, la femme enfant, tragique et fascinante.

Le texte est riche, dense, et les surtitres sont pour une fois réellement utiles !

La mise en scène de Warlikowski coule comme une évidence : c'est un film qu'il nous montre, habillant Emilia Marty en Marylin, projetant en fond de scène des extraits d'actualités et scènes de tournage. Et puis il y a les sous-titres intégrés à la scène, en plus des sur-titres "officiels" de l'Opéra Bastille, les dernières paroles qui défilent comme un générique et enfin ce choix de donner les 3 actes dans la continuité. Je réalise alors que cette musique a tout de la musique de film : sans grands airs ni mélodies aisément mémorisables, un peu en retrait, elle accompagne et porte le texte, maintenant une tension et un suspense dignes des meilleurs policiers. Le chant est intense, sans repos, souvent à la limite de la brisure. Le tout est d'une grande beauté.

La représentation est portée par des chanteurs excellents, avec en tête la soprano allemande Ricarda Merbeth, que j'avais déjà eu le plaisir d'entendre à Bastille en Sieglinde, et un orchestre dirigé par la jeune finlandaise Susanna Mälkki, adoptée depuis quelques années par le public français.

C'était ce samedi 14/09 la répétition générale, courez aux six représentations données entre le 16/09 et le 02/10.