jeudi 10 octobre 2013

Aida

Opéra Bastille, Paris

Aida - Giuseppe Verdi


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Philippe Jordan, direction
Olivier Py, mise en scène
Carlo Cigni, il Re
Luciana d'Intino, Amneris
Oksana Dyka, Aida
Marcelo Alvarez, Radamès
Roberto Scandiuzzi, Ramfis
Sergey Muzraev, Amonasro
Elodie Hache, Sacerdotessa
Oleksiy Palchikov, un Messaggero

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=AID&SpeNum=10350

A entendre les mots doux qui fusaient dans la salle entre deux tableaux, la musique n'adoucit pas toujours les moeurs... Et on, en l'occurrence Olivier Py, ne peut pas plaire à tout le monde... En ce qui me concerne, c'est pourtant à une magnifique représentation d'Aida que j'ai assisté ce soir, agréable à l'oreille, à l'oeil et à l'esprit.

La mise en scène s'éloigne résolument des représentations traditionnelles de l'Egypte des Pharaons, riches de costumes flamboyants et d'assemblées solennelles. Les costumes ne renvoient pas à une époque particulière, les femmes semblent sortir d'une pièce de Strindberg, les soldats portent des treillis très contemporains. Y a t il un fil conducteur? Peut-être l'intemporalité de la guerre, l'intemporalité des rapports humains.

Mais pour moi cette mise en scène présente avant tout deux points forts. Tout d'abord les décors, uniformément dorés, sont porteurs de multiples sens : étincelants, ce sont eux qui incarnent le soleil des égyptiens ; quelques colonnes apparaissent, on pense aux dorures de l'opéra classique ; de grands barreaux ferment la scène, on y voit dès le début du spectacle la prison (dorée ?) dans laquelle les héros sont enfermés ; enfin, quand les trompettes résonnent pour leur célébrissime air, on croirait que c'est toute la scène qui est un gigantesque instrument et que la musique sort de tous ces tuyaux, barreaux, colonnes devenus cuivres. Le deuxième point fort est la continuité de l'action, le choix de ne pas présenter une succession de tableaux figés comme cela se voit parfois pour Aida, mais de montrer une histoire trépidante et dramatique. Cette continuité est soutenue par une mobilité de la scène et des décors, un peu à la manière d'un Harry Kupfer.

Je peux comprendre que certains regrettent un Aida plus classique, d'autant qu'on ne l'avait pas vu à l'Opéra de Paris depuis 50 ans parait-il... mais quand la "modernité" n'est pas gratuite et ne nuit pas à la musique, je n'ai personnellement rien à redire.

Et la musique est là et nous emporte et nous transporte. Génial Verdi qui a su composer une musique si populaire et entrainante par moments - qui n'a pas envie de chantonner ou tapoter de ses doigts au rythme des marches ? - et si émouvante à d'autres - elle porte les dilemmes humains des trois principaux personnages. L'interprétation que nous en donne l'Opéra de Paris fonctionne parfaitement, l'orchestre est scintillant comme la scène tout en évitant tout effet pompier (!), les voix sont précises et puissantes, et le tryptique orchestre - choeurs - solistes est harmonieux.

J'ai un faible pour l'Amneris de Luciana d'Intino qui montre bien les tourments du personnage, et je fonds pour le duo Ramfis Radamès. L'Aida d'Oksana Dyka peut surprendre, ce n'est pas la frêle esclave éplorée, elle sait ce qu'elle veut et ça s'entend, un peu trop peut-être ; mais après tout pourquoi pas, il en faut de la détermination pour faire le choix final du tombeau.

Un grand moment d'opéra qu'on aurait tort de bouder pour quelques détails !