dimanche 1 décembre 2013

Elektra

Opéra Bastille, Paris

Elektra, Richard Strauss


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Philippe Jordan, direction
Robert Carsen, mise en scène
Irène Theorin, Elektra
Ricarda Merbeth, Chrysothemis
Waltraud Meier, Klytämnestra
Kim Begley, Aegisth
Evgeny Nikitin, Orest
Johannes Schmidt, Der Pfleger des Orest
Ghislaine Roux, Die vertraute der Klytämnestra
Corinne Talibart, Die Schleppträgerin
Jörg Schneider, Ein junger Diener
Kristof Klorek, Ein alter Diener
Miranda Keys, Die Aufseherin
Anja Jung, Erste Magd
Susanna Kreusch, Zweite Magd
Heike Wessels, Dritte Magd
Barbara Morihien, Vierte Magd
Eva Oltivanyi, Fünfte Magd

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=ELE&SpeNum=10378

Les deux premiers opéras de Richard Strauss, Salome et Elektra, sont à part dans son oeuvre. Souvent qualifiés de post-wagnériens, ils s'imposent dans un début de 20e siècle qui verra la création de chefs d'oeuvre aussi différents que Madame Butterfly, Pelléas et Mélisande ou le Sacre du printemps. Dans un format court et dense - un seul acte de moins de deux heures -, une musique percutante et sans grands airs, ils laissent toute place à la tragédie. Et Elektra me parait encore plus épurée, plus incisive que Salomé.

Cette oeuvre semble tellement unique que j'ai paradoxalement plaisir à y trouver des indices la reliant au reste du monde de la musique.

A commencer par le commencement, magnifique, quelques notes d'un orchestre sous tension qui vous plongent immédiatement dans l'univers de l'oeuvre. Aujourd'hui, j'ai pensé en l'entendant à la Sea Symphony de Ralph Vaughan Williams, dont les premières secondes sont également saisissantes (cf concert à Worcester). Rien à voir entre les deux musiques, mais cette même puissance au démarrage, hasard ou air du temps, ces deux oeuvres ayant été composées approximativement dans les mêmes années, entre 1903 et 1909. La mise en scène de Robert Carsen commence tout aussi fort, avec un bref ballet de danseuses qui courent en quelques secondes du centre de la scène vers les murs et s'effondrent, sublime !

Lorqu'on évoque une parenté entre Wagner et Strauss, c'est souvent pour leur manière de pousser les voix féminines à leurs limites, mais aujourd'hui c'est l'intervention du soigneur d'Oreste, le messager, qui m'a évoqué un Wotan ou un Fafner.

Enfin, si Strauss changera radicalement de style avec le Rosenkavalier et les opéras qui suivront, on trouve dans Elektra à quelques rares moments l'annonce de cette musique future, c'est par exemple le cas lors de la première intervention d'Oreste.

Mais revenons à la réprésentation de ce jour, splendide et acclamée à juste titre par un public conquis. Comme souvent chez Carsen, c'est élégant, simple et limpide. L'orchestre est à son meilleur, la distribution excellente. Salle, scène et fosse sont également électriques, que demander de plus ?

Le trio vocal féminin, mis à rude épreuve, est également parfait. Waltraud Meier, qu'on ne présente plus, incarne une jeune Clytemnestre, Ricarda Merbeth, désormais habituée et adorée du public parisien, une Chrysothémis écartelée, Irène Theorin, que je ne connaissais pas, une Electre hallucinée. Le duo des deux soeurs en devant de scène est un des grands moments de la soirée.

Je vous dirais bien de ne pas manquer ce spectacle, mais c'était la dernière ! Alors surveillons une éventuelle transmission télévisée ou un futur DVD !

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