mercredi 3 décembre 2014

Martha Argerich, Riccardo Chailly, Orchestre de Paris

Salle Pleyel, Paris

Concerto pour piano, Robert Schumann


Orchestre de Paris
Riccardo Chailly, direction
Martha Argerich, piano

http://www.sallepleyel.fr/francais/evenement.aspx?id=14152

Incroyable Martha ! A nouveau époustouflante dans le concerto de Schumann.

Mais comment fait elle ? Je me demande parfois si tout ce qu'elle joue est vraiment dans la partition... un jeu virevoltant et plein d'humour ce soir là, très romantique dans les premières notes au tempo étonnamment lent pour elle, puis des envolées, et toujours ce son... son piano est une harpe, une rivière, un orchestre... ma fanitude est sans cesse renouvelée !

vendredi 28 novembre 2014

Tosca

Opéra Bastille, Paris

Tosca, Giacomo Puccini


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Evelino Pido, direction
Pierre Audi, mise en scène
Oksana Dyka, Floria Tosca
Marco Berti, Mario Cavaradossi
Sergey Murzaev, Scarpia
Carlo Cigni, Cesare Angelotti
Eric Huchet, Spoletta
André Heyboer, Sciarrone
Francis Dudziak, Il Sagrestano

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=TOSC&SpeNum=10389

Tosca est certainement dans mon top5... Ah oui et quels seraient les 4 autres ? Au débotté je dirais Butterfly, Tristan, les Carmélites et la Flûte... et ajouterais volontiers le Ring et le Freischütz, et hop ça nous fait un top10 !

Quoiqu'il en soit, aussi hecatombesque que soit Tosca - les trois principaux protagonistes n'y survivent pas -, c'est une oeuvre superbe qui met en scène les grands moteurs du monde : art, amour, politique et religion.

Après la sobre et élégante mise en scène de Werner Schroeter, installée à l'Opéra Bastille pendant 20 ans, cette saison nous propose une nouvelle production, de Pierre Audi. C'est à la fois fidèle à l'oeuvre et inventif, ce qui n'est pas toujours facile avec un classique mille fois représenté. Au premier acte un bâtiment massif en forme de croix représente l'église. et le jeu se tient autour et sur cette structure. Au deuxième acte, on mélange un mobilier classique et un cadre de scène minimaliste formé de 2 demi-cercles concentriques délimitant un espace en partie caché, antichambre et salle d'interrogatoire. Le tout fonctionne parfaitement. Petit bémol au troisième acte : pas de Castel Sant'Angelo ni de saut dans le vide... mais la qualité du jeu d'acteur compense en partie cette frustation.

Oksana Dyka est une Tosca parfaite : passionnée, torturée, elle a un chant précis et nuancé, dont la puissance ne s'affiche pas inutilement. On frémit à son "Davanti a lui tremava tutta Roma" et espère au "Ecco un artista"...
Je dois avouer avoir eu un peu plus de mal avec Marco Berti au premier acte, son chant ne correspondant pas au Cavaradossi auquel mes oreilles sont habituées, je ne voyais plus Mario sur scène mais Marco, aux notes un peu trop tenues et sonores à  mon gout. Heureusement ces excès s'atténuent aux 2e et 3e actes et laissent la place aux nuances et à un couple mieux assorti vocalement.
Sergey Murzaev est quant à lui un Scarpia sombre et convaincant. Sa voix profonde me donne envie de l'entendre dans les duos bartyton-basse de Boccanegra.

Cette dernière représentation est sous la direction de Evelino Pido, qui dirige un Orchestre de Paris chaudement applaudi.

Souhaitons donc une longue vie à cette nouvelle Tosca... en ajoutant peut-être une petite trappe pour faire disparaitre Floria ?!

samedi 2 août 2014

Royal Marine Association Concert Band

Three Choirs Festival 2014 – Worcester Cathedral, UK


Royal Marine Association Concert Band
Captain David Cole, direction
Military Wives Choir
Gita Wymer, chef de choeur

Moment d'humour et de fantaisie au cours de cette édition du Three Choirs Festival : le concert du Royal Marine Association Concert Band, qui a décidé de nous faire en 2 heures un panorama étincelant de la musique anglaise.

Si on commence naturellement par Purcell et Händel et poursuit par un tribut au local Elgar avec son Nimrod, c'est ensuite un saut dans les années soixante qui étonne un public finalement ravi. A un pot pourri des Beattles succèdent quelques musiques des films de James Bond, et ce décalage entre des mélodies pop connues de tous et l'orchestre classique militaire qui les interprète est particulièrement réjouissant.

vendredi 1 août 2014

The Apostles

Three Choirs Festival 2014 – Worcester Cathedral, UK

The Apostles – Edward Elgar


Philharmonia Orchestra
Festival Chorus
Three Choirs Festival Youth Choir
Adrian Partington, direction

Sarah Fox
Claudia Huckle
John Mark Ainsley
Neal Davies
Marcus Farnsworth
Brindley Sherratt

299e année du Three Choirs Festival, 287e édition, et l'occasion de découvrir le 3e grand oratorio d'Elgar, les Apôtres.

Quelques mots seulement pour vous inciter à écouter cette oeuvre où Elgar montre à nouveau sa capacité à révéler la profondeur des voix et véhiculer une spiritualité au delà des religions.

vendredi 9 mai 2014

Rigoletto

Bayerische Staatsoper, Munich

Rigoletto, Giuseppe Verdi


Bayerisches Staatsorchester
Chor der Bayerischen Staatsoper
Marco Armiliato, direction
Arpad Schilling, mise en scène
Le duc de Mantoue, Joseph Calleja
Rigoletto, Franco Vassallo
Gilda, Erin Morley
Sparafucile, Rafal Siwek
Monterone, Rafal Siwek
Maddalena, Oksana Volkova
Giovanna, Oksana Volkova
Marullo, Thomas Florio
Borsa Matteo, Dean Power
Le compte de Ceprano, Christian Rieger
La comtesse de Ceprano, Maria Celeng
Un valet, Goran Juric
Le page de la duchesse, Julia Stein

https://www.staatsoper.de/staatsoper/stueckinfo/rigoletto/2014-05-09-19-00.html?tx_sfstaatsoper_pi1[fromSpielplan]=1&tx_sfstaatsoper_pi1[pageId]=352&cHash=a429d07e7e9f47b5e0edcd1e6204804b

Rigoletto fait partie des opéras les plus célèbres de Verdi. Il forme avec Le Trouvère et La Traviata la "Trilogie populaire". Ces 3 opéras composés entre 1851 et 1853 allient grands airs entrés dans la mémoire collective et figures humaines poignantes.

Si depuis longtemps j'étais tombé sous le charme de La Traviata, Rigoletto m'était encore étranger. Une représentation à l'Opéra Bastille en 1996 ne me l'avait pas révélé, sans doute un soir où mon esprit était occupé par d'autres pensées que l'histoire de Gilda et son père.

Et ce fut finalement cette soirée au Bayerische Staatsoper de Munich qui me le fit découvrir. D'excellents chanteurs portés par une mise en scène sobre, claire et efficace, y exprimaient la noirceur du destin et la complexité des sentiments. En Gilda, Erin Morley est magnifique, amoureuse aveugle et fille aimante aspirant à vivre sa vie librement, jusqu'à la mort. Et Rigoletto, père sévère et maladroit, qui sera le jouet de puissants cyniques, est interprété avec conviction par Franco Vassallo.

Un bon moment donc cette représentation de Rigoletto, tempéré par la le sentiment d'injustice et de révolte avec lequel on repart devant un destin aussi implacable et funeste.

jeudi 20 février 2014

Le Villi

Théâtre des Champs-Élysées, Paris

Le Villi, Giacomo Puccini


Orchestre National de France
Choeur de Radio France
Luciano Acocella, direction
Ermonella Jaho, Anna
Thiago Arancam, Roberto
Angel Odena, Guglielmo
Marcello Scuderi, récitant

Le Villi est le premier opéra composé par Puccini, à l'âge de 25 ans.

Après La Fanciulla del West, voici donc une deuxième rareté de Puccini en moins d'un mois à Paris, nous avons de la chance. Qui sait, peut-être verrons nous Edgar et La Rondine l'année prochaine ?

J'adore écouter des premières oeuvres, elles ont souvent une forme de transparence, parfois de naïveté, on y entend à la fois des influences et l'annonce d'un futur. En écoutant Le Villi, mon oreille - ou mon imagination - s'est emballée, j'y ai assez naturellement retrouvé Wagner, Weber et Verdi, mais bizarrement aussi à quelques moments Tchaikovski et Elgar ! Et puis plein de petites touches, petites phrases, qui seront reprises, exploitées, développées dans les chefs d'oeuvre de Puccini qui suivront.

L'histoire semble sortir tout droit du romantisme allemand, avec la forêt et ces êtres incroyables que sont ces Villi qui viennent venger l'amour trahi. C'est tragique, c'est Butterfly avant l'heure, car ces Villi auraient bien pu s'occuper de Pinkerton...

L'Orchestre National de France, dont on annonçait encore le matin même qu'il serait probablement en grève, a finalement décidé de jouer et il le fait sans retenue, avec un plaisir de porter une oeuvre inhabituelle et si passionnée. Son chef invité du soir le conduit avec brio.
Les chanteurs, pas encore top vedettes, sont séduisants et vivent intensément cette improbable histoire. La version de concert très légèrement mise en scène met en valeur leur jeu et leurs expressions.

Un petit bémol : Thiago Arancam brandit fréquemment son poing fermé, c'est un geste de violence qu'il met certainement là pour accompagner la passion du livret et de la musique, mais cela crée comme une cassure avec le public, et on ressent une opposition entre la voix donnée à la salle et le corps refermé sur soi. Petit détail au coeur d'une représentation magnifique, mais Arancam pourrait être encore meilleur en modifiant sa gestuelle.

En conclusion, tout est bon dans Puccini, et nous retiendrons de ce soir les noms du brésilien Thiago Arancam et de l'albanaise Ermonela Jaho.


A lire sur le sujet :
http://www.concertclassic.com/article/le-villi-de-puccini-au-tce-le-genie-deja-fait-compte-rendu
http://espacelyrique.blogspot.fr/2014/02/le-villi-de-puccini-au-tce.html
http://www.asopera.fr/critique-le-villi-r377.htm

samedi 1 février 2014

La Fanciulla del West

Opéra Bastille, Paris

La Fanciulla del West, Giacomo Puccini


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Carlo Rizzi, direction
Nikolaus Lehnhoff, mise en scène
Nina Stemme, Minnie
Claudio Sgura, Jack Rance
Marco Berti, Dick Johnson
Roman Sadnik, Nick
Andrea Mastroni, Ashby
André Heyboer, Sonora
Emanuele Giannino, Trin
Roberto Accurso, Sid
Igor Gnidii, Bello
Eric Huchet, Harry
Rodolphe Briand, Joe
Enrico Marabelli, Happy
Wenwei Zhang, Larkens
Ugo Rabec, Billy Jackrabbit
Anna Pennisi, Wowkle
Alexandre Duhamel, Jack Wallace
Matteo Peirone, José Castro
Olivier Berg, un postiglione
Daejin Bang, un baritono

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=FWF&SpeNum=10381

Une rareté qui fait du bruit, cette fanciulla de la Bastille. Alors autant commencer par la fin et ces hurlements d'une partie du public lorsque le metteur en scène et ses acolytes viennent saluer à la fin de la première. Ce n'est pas vraiment une surprise car la représentation avait à plusieurs reprises été ponctuée de soupirs et huées outragés. Mais pourquoi tant de haine, me demandai-je ?

La réponse réside à mon avis dans ce que cette mise en scène touche au caractère sacré du grand opéra. Dans des décors parfois kitsch, parfois décalés, toujours modernes, le metteur en scène introduit des touches d'humour, qui deviennent de plus en plus rapprochées au fur et à mesure qu'on avance dans le spectacle, pour se terminer en grande farce. Et quand on a été transporté et ému par Floria Tosca, Butterfly ou Mimi et qu'on vient écouter un opéra méconnu de Puccini, on s'attend probablement à cette même émotion et à ce qu'elle soit soutenue et portée par la mise en scène. Or Nikolaus Lehnhoff nous force à une distanciation de l'histoire dont il met en avant le caractère peu réaliste, voire ridicule. Et c'est ma foi un parti pris qui trouve sa source dans le livret, qui contrairement à la plupart des opéras du compositeur de Lucques, nous livre une fin heureuse faite de rédemption et annonciatrice de bonheur. Tellement inhabituel et surprenant que le metteur en scène veut le montrer en nous proposant un décor et une descente de grand escalier des plus hollywoodiens.

Si tout cela est un peu déstabilisant pour les fidèles spectateurs d'opéra que nous sommes, il n'en reste pas moins à mon avis un beau spectacle, fait d'un opéra à découvrir, servi par une excellente distribution et une mise en scène esthétique et astucieuse.

La Fanciulla, c'est pour Puccini une nouvelle héroïne féminine, Minnie, femme forte dans un monde d'hommes, et qui sera touchée par l'amour d'un bandit qu'elle sauvera. C'est une musique riche et nuancée qui soutient les dialogues et l'action, mais comporte peu de grands airs, ce qui peut expliquer le semi-oubli dans lequel était tombée cette oeuvre.

Nina Stemme est magnifique et aussi à l'aise en Minnie qu'en Elisabeth en 2011 dans cette même salle. Et cela confirme pour moi qu'elle fait partie des plus grandes chanteuses actuelles.

Le saloon du premier acte, quoique moderne, est le plus réaliste des trois décors et les entrées et sorties des chanteurs fonctionnent très bien. La caravane look diner années soixante du deuxième acte est tout simplement superbe avec ses couleurs de rose sur fond de neige blanche. Et la casse du troisième acte est un champ d'action qui surprend d'abord, et surprend encore plus sur la fin.

Ce n'est peut-être pas le spectacle de l'année, mais un bon moment qui donne envie de continuer à découvrir cette jeune fille du far ouest, et d'écouter sans fin Puccini.


A lire sur le sujet :
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/02/05/la-fanciulla-del-west-provoque-une-bagarre-de-saloon-a-l-opera-bastille_4360258_3246.html
http://www.lefigaro.fr/musique/2014/02/03/03006-20140203ARTFIG00001--la-fanciulla-del-west-a-la-conquete-de-l-est.php
http://blogs.qobuz.com/andretubeuf/2014/02/03/la-fanciulla-del-west-a-lopera-bastille/