samedi 1 février 2014

La Fanciulla del West

Opéra Bastille, Paris

La Fanciulla del West, Giacomo Puccini


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Carlo Rizzi, direction
Nikolaus Lehnhoff, mise en scène
Nina Stemme, Minnie
Claudio Sgura, Jack Rance
Marco Berti, Dick Johnson
Roman Sadnik, Nick
Andrea Mastroni, Ashby
André Heyboer, Sonora
Emanuele Giannino, Trin
Roberto Accurso, Sid
Igor Gnidii, Bello
Eric Huchet, Harry
Rodolphe Briand, Joe
Enrico Marabelli, Happy
Wenwei Zhang, Larkens
Ugo Rabec, Billy Jackrabbit
Anna Pennisi, Wowkle
Alexandre Duhamel, Jack Wallace
Matteo Peirone, José Castro
Olivier Berg, un postiglione
Daejin Bang, un baritono

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=FWF&SpeNum=10381

Une rareté qui fait du bruit, cette fanciulla de la Bastille. Alors autant commencer par la fin et ces hurlements d'une partie du public lorsque le metteur en scène et ses acolytes viennent saluer à la fin de la première. Ce n'est pas vraiment une surprise car la représentation avait à plusieurs reprises été ponctuée de soupirs et huées outragés. Mais pourquoi tant de haine, me demandai-je ?

La réponse réside à mon avis dans ce que cette mise en scène touche au caractère sacré du grand opéra. Dans des décors parfois kitsch, parfois décalés, toujours modernes, le metteur en scène introduit des touches d'humour, qui deviennent de plus en plus rapprochées au fur et à mesure qu'on avance dans le spectacle, pour se terminer en grande farce. Et quand on a été transporté et ému par Floria Tosca, Butterfly ou Mimi et qu'on vient écouter un opéra méconnu de Puccini, on s'attend probablement à cette même émotion et à ce qu'elle soit soutenue et portée par la mise en scène. Or Nikolaus Lehnhoff nous force à une distanciation de l'histoire dont il met en avant le caractère peu réaliste, voire ridicule. Et c'est ma foi un parti pris qui trouve sa source dans le livret, qui contrairement à la plupart des opéras du compositeur de Lucques, nous livre une fin heureuse faite de rédemption et annonciatrice de bonheur. Tellement inhabituel et surprenant que le metteur en scène veut le montrer en nous proposant un décor et une descente de grand escalier des plus hollywoodiens.

Si tout cela est un peu déstabilisant pour les fidèles spectateurs d'opéra que nous sommes, il n'en reste pas moins à mon avis un beau spectacle, fait d'un opéra à découvrir, servi par une excellente distribution et une mise en scène esthétique et astucieuse.

La Fanciulla, c'est pour Puccini une nouvelle héroïne féminine, Minnie, femme forte dans un monde d'hommes, et qui sera touchée par l'amour d'un bandit qu'elle sauvera. C'est une musique riche et nuancée qui soutient les dialogues et l'action, mais comporte peu de grands airs, ce qui peut expliquer le semi-oubli dans lequel était tombée cette oeuvre.

Nina Stemme est magnifique et aussi à l'aise en Minnie qu'en Elisabeth en 2011 dans cette même salle. Et cela confirme pour moi qu'elle fait partie des plus grandes chanteuses actuelles.

Le saloon du premier acte, quoique moderne, est le plus réaliste des trois décors et les entrées et sorties des chanteurs fonctionnent très bien. La caravane look diner années soixante du deuxième acte est tout simplement superbe avec ses couleurs de rose sur fond de neige blanche. Et la casse du troisième acte est un champ d'action qui surprend d'abord, et surprend encore plus sur la fin.

Ce n'est peut-être pas le spectacle de l'année, mais un bon moment qui donne envie de continuer à découvrir cette jeune fille du far ouest, et d'écouter sans fin Puccini.


A lire sur le sujet :
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/02/05/la-fanciulla-del-west-provoque-une-bagarre-de-saloon-a-l-opera-bastille_4360258_3246.html
http://www.lefigaro.fr/musique/2014/02/03/03006-20140203ARTFIG00001--la-fanciulla-del-west-a-la-conquete-de-l-est.php
http://blogs.qobuz.com/andretubeuf/2014/02/03/la-fanciulla-del-west-a-lopera-bastille/

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