vendredi 13 décembre 2013

Dialogues des Carmélites

Théâtre des Champs-Élysées, Paris

Dialogues des Carmélites, Francis Poulenc


Philharmonia Orchestra
Choeur du Théâtre des Champs-Élysées
Jérémie Rhorer, direction
Olivier Py, mise en scène
Patricia Petibon, Blanche de la Force
Sophie Koch, Mère Marie de l'incarnation
Véronique Gens, Madame Lidoine, la nouvelle prieure
Sabine Devieilhe, Soeur Constance de Saint Denis
Rosalind Plowright, Madame de Croissy, la prieure
Topi Lehtipuu, Le chevalier de la Force
Philippe Rouillon, Le marquis de la Force
Annie Vavrille, Mère Jeanne de l'enfant Jésus
Sophie Pondjiclis, Soeur Mathilde
François Piolino, Le père confesseur du couvent, aumônier du Carmel
Jérémy Duffau, Le premier commissaire
Yuri Kissin, Le second commissaire
Matthieu Lécroart, Thierry

Cet opéra est tout simplement une merveille, un chef d'oeuvre, tant par la musique que le livret.

Et la représentation de ce soir est la hauteur : mise en scène, interprètes et orchestre nous transportent à l'unisson.

Tout d'abord la découverte de Sabine Devieilhe, qui remplace Anne-Catherine Gillet, souffrante, qui remplaçait elle-même Sandrine Piau, souffrante. Ces deux dernières auraient certainement été excellentes, nous les connaissons bien, mais je dois dire que la Constance que nous donne Sabine, avec sa voix chaude et nette, son jeu léger et profond, cette conviction si forte, est d'une rare beauté.
Patricia Petibon nous révèle une dimension tragique que ses rôles habituels ne nous avaient pas montrée, elle est une Blanche qui croit, hésite, a peur, s'interroge mais sera finalement fidèle, peut-être plus à ses amies qu'à sa foi, qui sait ?
Rosalind Plowright est une Madame de Croissy hallucinante, hallucinée, emprisonnée dans ce lit vertical, quelle sublime idée de mise en scène.
Quelle voix magnifique et quelle expressivité a Sophie Koch en une Mère Marie prônant le martyre.
Et Véronique Gens sait être une Madame Lidoine attentive et rassurante, avec ces paroles parmi les plus émouvantes qui ont été écrites : "Mes filles, voilà que s'achève notre première nuit de prison. C'était la plus difficile. Nous en sommes venues à bout quand même."

La mise en scène d'Olivier Py est classique et efficace, mystique et terrienne, avec d'émouvants jeux de lumière. Elle soutient l'ouvrage dans les deux forces qu'il porte : la foi et le doute.

Le Philharmonia Orchestra est comme toujours parfait, cet orchestre anglais attitré du Three Choirs Festival est décidément une bien belle formation, et son jeune chef du soir est bien talentueux.

Que de superlatifs ? C'est mérité.
Et ce n'était pas gagné car j'avais encore en tête les mises en scène de Zambello et Carsen, sous les directions de Ozawa, Nagano et Casadesus, vues à Paris et Anvers, et en oreilles l'enregistrement de Nagano avec l'Opéra de Lyon.

Dans cette histoire, une question reste ouverte : Constance voit elle que Blanche les rejoint ? On aimerait le croire, mais peut-être n'est ce pas nécessaire car elle sait.


Je suis depuis allé à la Conciergerie à Paris où il y a une salle où sont affichés tous les guillotinés parisiens de la révolution. C'est émouvant d'y retrouver les noms familiers de nos carmélites de Compiègne.
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