dimanche 20 décembre 2015

Cecilia Bartoli et Rolando Villazon

Philharmonie, Paris

Airs d'opéra de Mozart, Rossini, Donizetti, Bellini


Cosi fan tutte "Ouverture" - Wolfgang Amadeus Mozart
Cosi fan tutte "Si mostra la sorte" - Wolfgang Amadeus Mozart - RV
Cosi fan tutte "Chi sa, chi sa, qual sia" - Wolfgang Amadeus Mozart - CB
Don Giovanni "Quel casinetto è mio... Là ci darem la mano" -Wolfgang Amadeus Mozart - CB&RV
La Cenerentola "Ouverture" - Gioacchino Rossini
L'elisir d'amore "Una furtiva lagrima" - Gaetano Donizetti - RV
La Cenerentola "Nacqui all'affano" - Gioacchino Rossini - CB
L'elisir d'amore "Una parola, o Adina" - Gaetano Donizetti - CB&RV
Concerto pour hautbois et cordes en si bémol majeur - Vincenzo Bellini
"Toma, vezzosa fillide" - Vincenzo Bellini - RV
L'échelle de soie "Ouverture" - Gioacchino Rossini
Otello "Assisa a pie d'un salice" - Gioacchino Rossini - CB
Otello "Deh calma, o ciel, nel sonno" - Gioacchino Rossini - CB
Otello "Eccomi giunto inosservato" - Gioacchino Rossini - CB&RV
Otello "Non arrestare il colpo" - Gioacchino Rossini - CB&RV
Otello "Notte per me funesta" - Gioacchino Rossini - CB&RV

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Rolando Villazon, ténor
Orchestra La Scintilla an der Oper Zùrich
Ada Pesch, violon solo

http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/recital/15149-cecilia-rolando-en-concert

Tout était dans la photo du programme montrant Rolando et Cecilia sur un side-car, des sourires jubilatoires sur leurs visages... Je dois dire que je n'apprécie que moyennement les concerts d'extraits d'opéras, préférant les œuvres complètes, me lasse vite des prouesses bel cantistes, et n'aime pas trop les spectacles le dimanche après-midi, mais... je n'avais pas résisté au side-car !

Grand bien m'en prit, car ce concert fut un régal. Parfaitement construit avec une fine progression dans le choix des morceaux et des enchaînements, c'est une œuvre-spectacle et non une simple succession d'extraits.

Cecilia et Rolando sont incroyables, ils chantent naturellement, sans effort apparent, les airs les plus virevoltants, passant de la légèreté au drame, de l'émotion au rire. Deux voix parfaites qui s'unissent harmonieusement dans leurs duos.
Cecilia est en robe de princesse, Rolando en smoking noir et bordeaux. Leur Otello de Bellini est poignant, mais les rappels nous ramènent à la joie, enchaînant espagnolade, valse et le libiamo de la Traviata, verres à la main ! C'est d'une grande théâtralité et rappelle en cela dans un autre style et une autre époque les concerts de Barbara, avec cette capacité à créer une relation de fusion avec le public dans un spectacle d'une précision millimétrée.

J'admire ce volontarisme de Cecilia Bartoli à donner du bonheur et son habileté à réussir, un sourire radieux aux lèvres, et j'apprécie cette liberté de Rolando Villazon de parfois... faire le pitre !

Recommencez et je reviendrai... S'il reste des places.


samedi 19 décembre 2015

Sergey Khachatryan, Narek Nakhnazaryan, Valery Gergiev, Orchestre de Paris

Philharmonie, Paris

Double concerto pour violon et violoncelle en la mineur op.192 - Johannes Brahms

Symphonie fantastique op.14 - Hector Berlioz


Orchestre de Paris
Valery Gergiev, direction
Sergey Khachatryan, violon
Narek Nakhnazaryan, violoncelle

http://www.orchestredeparis.com/fr/concerts/valery-gergiev-dirige-la-symphonie-fantastique_2812.html

La Symphonie Fantastique, œuvre la plus connue du compositeur des terres froides dauphinoises, est régulièrement au programme de l'Orchestre de Paris. Ce samedi soir, c'est Valery Gergiev qui mène le jeu. Dans un tempo assez lent, il met l'orchestre sous tension et fait ressortir chaque instrument, me rappelant les grands moments d'un Chung. Fantastique, elle l'est cette symphonie sous la baguette du maestro russe : douce, mystérieuse et par moment tourbillonnante.

L'avantage d'une salle comme la Philharmonie, où le public entoure la scène, est qu'elle offre des perspectives nouvelles sur l'orchestre. De mon trois-quarts arrière cour, j'ai ainsi une vue plongeante sur les percussions, richement représentées : timbales, cymbales, tambours et grosses caisses, et c'est un vrai plaisir de suivre le jeu des percussionnistes.

Mais que Berlioz et le romantisme français ne nous fassent pas oublier la première partie du concert, le double concerto pour violon et violoncelle de Brahms, interprété par deux jeunes et talentueux artistes arméniens : Sergey Khachatryan et Narek Hakhnazaryan. Un joli moment prolongé par un rappel enjoué (Bach ?).

Étonnant quand même la sur-représentation du B comme initiale patronymique chez les grands musiciens, non ?


jeudi 10 décembre 2015

Le Château de Barbe-Bleue - La Voix Humaine

Palais Garnier, Paris

Le Château de Barbe-Bleue - Bêla Bartok

La Voix Humaine - Francis Poulenc


Orchestre de l'Opéra National de Paris
Esa-Pekka Salonen, direction
Krzysztof Warkikowski, mise en scène

Le château de Barbe-Bleue
John Relyea, Barbe-Bleue
Judith, Ekaterina Gubanova

La voix humaine
Elle, Barbara Hannigan
Lui, Claude Bardoull

https://www.operadeparis.fr/saison-15-16/opera/le-chateau-de-barbe-bleue-la-voix-humaine

J'aime le Château de Barbe-Bleue, c'est un fait ! Cette représentation au Palais Garnier est de qualité, que ce soit pour l'orchestre dirigé par le chef finlandais Salonen, l'interprétation des chanteurs canadien Relyea et russe Gubanova ou la mise en scène du polonais Warlikowski.

Mais je dois avouer que deux mois après une extraordinaire représentation au Capitole de Toulouse, je suis probablement moins réceptif â d'autres choix, et cette mise en scène centrée sur la relation du couple me convainc moins. Belle trouvaille cependant que ces pièces sur praticable qui glissent sur la scène lorsque leurs portes sont ouvertes et viennent petit à petit construire le décor d'un château complexe.

L'idée forte est le choix d'une continuité entre le Château et la Voix humaine, d'une femme à l'autre, toutes deux jalouses et torturées des questions qu'elles adressent à leurs hommes.

Barbara Hannigan est hallucinante de souplesse mais... ces contorsions sont elles indispensables ? Heureusement sa voix hallucinée n'en pâtit pas et l'œuvre la plus austère de Poulenc est très fidèlement chantée.

Merci à l"Opéra de Paris d'oser ces œuvres et ces choix, que je reverrai volontiers et apprécierai probablement plus dans quelques années !


dimanche 11 octobre 2015

Le Prisonnier - Le Château de Barbe-Bleue

Théâtre du Capitole, Toulouse

Le Prisonnier - Luigi Dallapicolla

Le Château de Barbe-Bleue - Béla Bartok


Orchestre national et choeur du Capitole
Tito Ceccherini, direction
Aurélien Bory, mise en scène

Le prisonnier
La mère, Tanja Ariane Baumgartner
Le prisonnier, Levent Bakirci
Le geôlier - l'inquisiteur, Gilles Ragon
Un prêtre, Dongjin Ahn
Un prêtre, Jean-Luc Antoine

Le château de Barbe-Bleue
Barbe-Bleue, Balint Szabo
Judith, Tanja Ariane Baumgartner
Le barde, Yaëlle Antoine
Première épouse, Leslie Barra
Deuxième épouse, Stéphanie Fuster
Troisième épouse, Katell Le Brenn

http://www.theatreducapitole.fr/1/saison-2015-2016/opera-540/le-prisonnier-le-chateau-de-barbe.html

Génialissime ! Extraordinaire ! Que les superlatifs pleuvent comme ce fut le cas des applaudissements à la fin de cette mémorable représentation du château de Barbe Bleue !

Mais commençons par le début et ce choix osé du Capitole de regrouper deux opéras âpres du 20e siècle traitant du thème de l'enfermement. Vous me direz qu'on peut difficilement mélanger Barbe-Bleue et Les mamelles de Tirésias, certes ! Mais les places libres laissaient supposer que certains abonnés avaient été rebutés par ces musiques et cette thématique et préféré passer ce chaud après-midi d'automne sous le soleil toulousain...

Il Prigioniero est un opéra de Luigi Dallapicolla très sombre, où l'espoir se révèle n'être qu'une illusion, pire, un piège. Un rideau flottant ferme la scène, sur lequel sont projetés les dessins de Vincent Fortemps, tels des graffiti à l'encre de Chine. Le prisonnier s'y appuie, s'y accroche dans son chemin vers la liberté, trébuchant, espérant. La musique hésite entre dissonance et bel canto, la lumière vacille, les chanteurs incarnent la douleur (Tanja Ariane Baumgartner), l'espoir et l'angoisse (Levent Bakirci) et la terreur (Gilles Ragon). Pas gai tout ça, mais superbement réussi !

Le Château de Barbe-Bleue, court et unique opéra de Béla Bartok, est souvent donné en version de concert, plus rarement mis en scène. Cela vient sans doute de la difficulté à trouver la valeur ajoutée d'une version scénique alors qu'en concert l'imagination fait le travail ! Le livret fait d'éléments très concrets - le château et ses portes - recèle un propos aux interprétations multiples. Conte psychanalytique, philosophique, portrait d'une relation homme femme, histoire d'amour et d'égoïsmes... Que faire de tout cela sur scène ?

Aurélien Bory crée un équilibre parfait entre symbolisme et réalisme, entre abstraction et figuration. Ce grand panneau fait de plusieurs arceaux que Judith mettra en mouvement à chaque ouverture de porte est tout simplement génial. Cette récitante en langage des signes rendrait jaloux tout metteur en scène. Et ce Barbe-Bleue et cette Judith sont à la fois figures humaines, mythiques et oniriques.

Sur le plan musical, l'orchestre dirigé par Tito Ceccherini nous capture dès les premières notes qui s'élèvent à l'aube de l'histoire. Balint Szabo est un Barbe-Bleue majestueux et mystérieux, on se délecte de la variété des Kekszakallu (Barbe-Bleue en hongrois) prononcés par Tanja Ariane Baumgartner. L'ouverture de la cinquième porte, halètement d'orchestre qui explose en un accord en fusion avec un cri de Judith, vous arrache des frissons.

Ce Château est un spectacle complet, pour les oreilles et les yeux, pour la raison et les sensations. Mémorable cadeau d'anniversaire, merci !


lundi 14 septembre 2015

Der Freischütz

Théâtre des Champs-Élysées, Paris

Der Freischütz - Carl Maria von Weber


NDR Sinfonieorchester Hamburg
WDR Rundfunkchor Köln
NDR Chor Hamburg
Thomas Hengelbrock, direction
Agathe, Véronique Gens
Max, Nikolai Schukoff
Annette, Christina Landshamer
Kouno, Yorck Felix Speer
Ottokar, Mijenko Turk
L'Ermite, Franz-Josef Selig
Gaspard, Dimitry Ivashchenko
Samiel - récitant, Graham F. Valentine

http://www.theatrechampselysees.fr/saison/opera-en-concert-oratorio/le-freischutz

Le Freischütz fait partie de ces œuvres qu'on apprécie un peu plus à chaque écoute, à la fois trait d'union entre ce qui la précède et ce qui la suit, et œuvre majeure et magnifique en soi. On y entend des récitatifs et grands airs dans la continuité de Mozart, on y perçoit déjà des timbres wagnériens...

Le Freischütz, c'est une forêt profonde, une montagne enneigée, un tableau de Caspar David Friedrich. C'est la naissance du romantisme allemand.

J'avoue ne pas être totalement séduit par cette version donnée parfois en France dans laquelle les chants sont en langue originale allemande, mais les dialogues parlés remplacés par un texte en français dit par un récitant.

Cette réserve exprimée, il ne me restera que des éloges pour cette représentation enthousiasmante : tout d'abord l'orchestre et son chef Thomas Hengelbrock, d'une extrême précision et unité, avec un timbre très allemand qui faisait plaisir à entendre. Est ce la technique des cors et autres vents qui font ce timbre ? Il ne s'agit pas de dire qu'un son "allemand" est meilleur qu'un autre, c'est juste que pouvoir encore distinguer des sons différents dans un monde musical naturellement internationalisé est bien agréable.

Quant aux chanteurs, tout aussi précis que l'orchestre, ils partageaient un chant naturel, évident, avec une légère retenue les rendant bien plus convaincants que bien des hurlements !
Je citerai la virevoltante Annette interprétée par Christina Landshamer, la rêveuse Agathe et son air comme un vol de plume lancé en toute douceur par Véronique Gens, le sombre Gaspard de Dimitry Ivashchenko et naturellement le bref passage du grand Franz-Josef Selig. Mon coup de cœur va cependant au Max de Nikolai Schukoff, pour moi tout simplement parfait : oubliée la performance vocale, place à la musique grace à un bel équilibre entre puissance, diction et musicalité.

Dernier plaisir... La salle était comble et enthousiaste !

Salutations des artistes à la fin du Freischütz au Théâtre des Champs Élysées à Paris


A lire :
http://www.resmusica.com/2015/09/20/le-freischutz-au-theatre-des-champs-elysees/
http://blogs.qobuz.com/andretubeuf/2015/09/16/le-freischutz-de-weber-au-theatre-des-champs-elysees/


jeudi 10 septembre 2015

Lars Vogt, Paavo Järvi, Orchestre de Paris

Philharmonie, Paris

Concerto pour piano n°2 - Johannes Brahms

Symphonie n°5 - Jean Sibelius


Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Lars Vogt, piano

http://www.orchestredeparis.com/fr/concerts/concerts-douverture-lars-vogtjoue-brahms_2794.html

Concert de rentrée à la Philharmonie avec l Orchestre de Paris dirigé par son chef Paavo Jarvi, dont c'est déjà la dernière saison à sa tête.

Quelques mot pour saluer une très belle interprétation de la 5ème symphonie de Sibelius, qui motivait ma venue, et remercier Paavo Järvi d'avoir ces dernières années emmené l'orchestre vers ces compositeurs du Golfe de Finlande : Sibelius le finlandais, Tchaikovsky le petersbourgeois et Pärt l'estonien. Notons que cette année l'Orchestre de Paris nous jouera deux autres symphonies de Sibelius, les plus rares 3ème et 4ème.

En première partie, Helene Grimaud était remplacée par le norvégien Lars Vogt, plein de douceur dans le 2ème concerto de Brahms aux mouvements si familiers.

De cette soirée, je garde plus particulièrement en mémoire le solo de basson, les frappés de contrebasse et la vivance des cors.


A lire :
http://www.diapasonmag.fr/actualites/critiques/philharmonie-premier-concert-de-la-saison-pour-paavo-jarvi-et-l-orchestre-de-paris


vendredi 31 juillet 2015

Requiem de Verdi

Three Choirs Festival 2015, Hereford Cathedral, UK

Requiem - Giuseppe Verdi


Philharmonia Orchestra
Three Choirs Festival Chorus
Geraint Bowen, direction
Katherine Broderick, soprano
Catherine Wyn-Rogers, contralto
Gwyn Hughes Jones, ténor
Alastair Miles, basse

http://www.3choirs.org/event/verdi-requiem

Le Three Choirs Festival, ou escapade musicale dans une campagne anglaise. Cette année encore j'eus le plaisir de profiter de quelques jours fort agréables entre visite de manoir, promenade aux Monts Malvern sur les traces d'Elgar, et concert en cathédrale d'Hereford.

Programme musical italien ce vendredi, avec le Requiem de Verdi, un requiem à décorner les bœufs et réveiller les morts !
Et dans cette magnifique cathédrale, avec le fidèle Philharmonia Orchestra dirigé par Geraint Bowen, les chœurs des 3 cités et des solistes hors pairs, la magie opère à nouveau.

Au cœur de cet édifice, la rayonnante Catherine Wyn-Rogers : elle a tout pour elle, présence, beauté, sourire, et surtout une voix pour laquelle j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer mon admiration, cuivrée, puissante et céleste. Un ange...

Salutations à la fin du Requiem de Verdi, Hereford Cathedral, Katherine Broderick, Catherine Wyn-Rogers, Geraint Bowern, Gwyn Hughes, Alastair Miles


vendredi 6 février 2015

Ariadne auf Naxos

Opéra Bastille, Paris

Ariadne auf Naxos - Richard Strauss


Orchestre de l'Opéra National de Paris
Michael Schonwandt, direction
Laurent Pelly, mise en scène
Der Haushofmeister - le majordome, Franz Grundheber
Der Musiklehrer - le maître de musique, Martin Gantner
Der Komponist - le compositeur, Sophie Koch
Der Tenor - le ténor - Bacchus, Klaus-Florian Vogt
Der Tanzmeister - le maître de ballet, Dietmar Kerschbaum
Der Perückenmacher - le perruquier, Piotr Kumon
Ein Offizier - un officier, Kevin Amiel
Ein Lakai - un laquais, Ugo Rabec
Zerbinetta - Zerbinette, Daniela Fally
Prima donna - Ariadne - Ariane, Karita Mattila
Naïade, Olga Seliverstova
Dryade, Agata Schmidt
Echo, Ruzan Mantashyan
Harlekin - Arlequin, Edwin Crossley-Mercer
Scaramuccio - Scaramouche, Oleksiv Palchikov
Truffaldino, Andriv Gnatiuk
Brighella, Cyrille Dubois

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=ARIA&SpeNum=10398

Encore Ariane ? Eh oui quand on aime on ne compte pas... Une 2e représentation qui confirme la précédente, une oeuvre superbe et une interprétation exceptionnelle.
L'occasion aussi d'observer ces références réussies aux filles du Rhin et au réveil de Brunnhilde, et d'admirer à nouveau avec quel génie les musiques s'entrelacent et les histoires s'entremêlent.
Dans Ariane à Naxos, la mise en abyme n'est pas nombriliste, l'exercice de style parle aux sens autant qu'à l'esprit.


dimanche 1 février 2015

Die Entführung aus dem Serail

Palais Garnier, Paris

Die Entführung aus dem Serail - Wolfgang Amadeus Mozart


Orchestre et choeur de l'Opéra National de Paris
Marius Stieghorz, direction
Zabou Breitman, mise en scène
Selim, Erol Sander
Konstanze, Lisette Oropesa
Blonde, Sofia Fomina
Belmonte, Frédéric Antoun
Pedrillo, Michael Laurenz
Osmin, Maurizio Muraro
Quatuor vocal, Irina Kopylova, Caroline Petit, Hyoung-Min Oh, Chae-Wook Lim

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=ENS&SpeNum=40214

Une actrice met en scène une oeuvre mal connue de Mozart dans une grande maison d'opéra.
Un metteur en scène de cinéma monte l'autre opéra en allemand de Mozart a Paris.
Zabou Breitman inscénise l'enlèvement au sérail au Palais Garnier.

Et c'est réussi.

Le livret de Johann Gottlieb Stephanie est étonnamment actuel, on y constate que le monde arabe héberge le mal comme le bien et que la libération de la femme a commencé avant 1968.

Une mention spéciale à Blonde qui nous passe des messages de liberté toujours actuels.

Les chanteurs jouent, les acteurs chantent, nulle envie de les comparer, juger, isoler. La réussite de ce spectacle est qu'ils font corps avec l'histoire, portés par une mise en scène d'une extrême lisibilité. Ils incarnent leurs personnages et l'on aurait envie de huer l'affreux Osmin !
Décidément une bonne année à l'Opéra de Paris. La saison prochaine s'annonce également riche, avec encore plus de grands noms sous la houlette de Stéphane Lissner, mais n'oublions pas que de petits noms a l'unisson font aussi des merveilles, cet enlèvement le prouve.


samedi 31 janvier 2015

Ariadne auf Naxos

Opéra Bastille, Paris

Ariadne auf Naxos - Richard Strauss


Orchestre de l'Opéra National de Paris
Michael Schonwandt, direction
Laurent Pelly, mise en scène
Der Haushofmeister - le majordome, Franz Grundheber
Der Musiklehrer - le maître de musique, Martin Gantner
Der Komponist - le compositeur, Sophie Koch
Der Tenor - le ténor - Bacchus, Klaus-Florian Vogt
Der Tanzmeister - le maître de ballet, Dietmar Kerschbaum
Der Perückenmacher - le perruquier, Piotr Kumon
Ein Offizier - un officier, Kevin Amiel
Ein Lakai - un laquais, Ugo Rabec
Zerbinetta - Zerbinette, Daniela Fally
Prima donna - Ariadne - Ariane, Karita Mattila
Naïade, Olga Seliverstova
Dryade, Agata Schmidt
Echo, Ruzan Mantashyan
Harlekin - Arlequin, Edwin Crossley-Mercer
Scaramuccio - Scaramouche, Oleksiv Palchikov
Truffaldino, Andriv Gnatiuk
Brighella, Cyrille Dubois

http://www.memopera.fr/FicheSpect.cfm?SpeCode=ARIA&SpeNum=10398

Ariane à Naxos est un magnifique OVNI. Après Elektra et le Chevalier à la rose, l'intensité post wagnérienne et la rondeur mozartienne, la voix fulgurante et la voix caressante, Ariane est un peu tout : théâtre et musique, drame et comédie, modernisme et classicisme, création unique et bouquet de références, explosion d'humour et d'émotion.

La mise es scène de Laurent Pelly, créée au Palais Garnier en 2003 trouve bien sa place à Bastille, ce qui n'est pas une évidence - rappelons nous le superbe Faust de Jorge Lavelli qui avait mal supporté la translation...
Transposition sans trahison, cette mise en scène rend limpide un argument complexe, au service de l'histoire et de la musique. La maison dans la neige du prologue évoque Strauss dans ses montagnes enneigées, Zerbinette et ses acolytes sont très convaincants en costumes de bain, Ariane en SDF me perturbe un instant, mais le chant et la musique prennent le dessus. Trois rôles superbes - Strauss est le compositeur des voix féminines -, trois incarnations exemplaires par Sophie Koch, Daniela Fally er Karita Mattila.
La finlandaise qui enchante Paris et le monde depuis 20 ans EST Ariane comme elle fut Arabella, Elsa et sera un jour Brünnhilde. Un mot aussi pour les 2 bandes, le trio d Ariane, aux airs aquatico-célestes, et le quatuor de Zerbinette, bouffon chantant. Tous les sept nous enchantent !
Il reste encore des représentations et des places, courez !

Salutations à la fin de la représentation d'Ariane à Naxos à l'Opéra Bastille Paris, au premier plan Karita Mattila

jeudi 29 janvier 2015

Jean-Frédéric Neuburger, Christoph von Dohnanyi, Orchestre de Paris

Philharmonie, Paris

Concerto pour piano n°4 - Ludwig van Beethoven

Symphonie n°9 du nouveau monde - Antonin Dvorak


Orchestre de Paris
Christoph von Dohnanyi, direction
Jean-Frédéric Neuburger, piano

Paris peut être fière de sa nouvelle salle de concert. La Philharmonie, que d'aucuns ont déjà abrégé en Philhar, diminutif qui fleure bon Paris, a tout pour plaire : du son et de la gueule !
Je l'avais "entendu" et ma première expérience confirme la rumeur : l'acoustique est remarquable. Bien sur il faudra essayer d'autres places, d'autres angles sonores, mais tout semble avoir été pensé !
Coté bâtiment c'est séduisant. A l'extérieur le niveau d'entrée donne sur une esplanade qui surplombe la Villette et offre une vue panoramique sur la Grande Halle, les lumières de Paris et le périphérique, une manière de montrer que même loin de l Ouest parisien c'est encore Paris. A l'intérieur c'est un peu comme dans un champignon, ou la maison des stroumphs, assez réussi, élégant, et bizarrement à la fois alambiqué par la multitude des formes et des matériaux et simple par la proximité de la scène et du public. Les sièges sont confortables et très silencieux, détail essentiel souvent négligé ! Petit bémol : tout est si blanc si clair que la salle reste très lumineuse pendant le concert, de sorte que le public n'est pas plongé dans cette pénombre traditionnelle des salles de spectacles, propice a la concentration.

Mais venons en au concert, un pur bonheur, avec d"abord le concerto pour piano n°4 de Beethoven, éternelle merveille. Le premier mouvement comporte des envolées belles à pleurer, chaque instant est un sommet de bonheur musical, ah Ludwig est décidément le génie célébré à juste titre par l'Association Beethoven France et Francophonie. Neuburger que je connaissais à peine se révèle un grand interprète, nous livrant des rivières de notes scintillantes précises et enthousiastes. Il nous donnera en bis une Kinderszene étonnante par son extrême nostalgie, démontrant s'il en était besoin que ces scènes d'enfants peuvent s'imaginer à l'infini.
L'orchestre de Paris a trouvé ses marques dans ce nouveau lieu et y donne comme toujours son meilleur. De mon premier balcon chaque instrument est très clair et parfaitement identifiable. Jamais je n'ai aussi bien entendu le basson, perle discrète de l'orchestre. Christophe von Dohnanyi dirige en deuxième partie avec son brio habituel une symphonie du nouveau monde predestinée à cette nouvelle salle. Le son prend corps sans résonner, la musique est tout.
Un seul regret : que l'ouverture de cette Philhar semble sonner le glas de la salle Pleyel, lieu mythique si bien rénové il y a quelques années et dont on aimerait qu'elle poursuive son activité musicale classique. Souvenez vous, aimez vous Brahms ?



samedi 3 janvier 2015

Concerto de año nuevo, Real Orchesta Sinfónica de Sevilla

Teatro de la Maestranza, Séville

El tambor de granaderos, Ruperto Chapí

De España vengo (El niño judo), Pablo Luna*

Mi tio se me figura (El rey que rabió), Ruperto Chapí*

España cañi, Pascual Marquina

Suspiros de España, Antonio Álvarez

El bateo, preludio, Federico Chueca

Zapateado (La tempranica), Gerónimo Giménez*

Carceleras (Las hijas del Zebedeo), Ruperto Chapí*

La boda de Luis Anlonso, Gerónimo Gimenez

Die Fledermaus - El murciélago, ouverture, Johann Strauss II

Canción a la luna (Rusalka), Antonin Dvorak*

Unter Donner und Blitz - Bajo truenos y relámpagos op.324, Johann Strauss II

Kaiser Walzer - Vals del Emperador op.437, Johann Strauss II

O mio babbino caro (Gianni Schicchi), Giacomo Puccini*

Quando me'n vo (La Bohème), Giacomo Puccini*

An der schönen blauen Donau - En el bello Danubio azul op.314, Johann Strauss II


Real Orquesta Sinfonica de Sevilla
Andrés Salado, direction
Raquel Lojendio, soprano*

https://www.teatrodelamaestranza.es/secciones/prog/prog_ficha.php?id=707#argum

Le Théâtre de la Mastranza est une salle de concert très sobre qui fut inaugurée en 1991. Une architecture basée sur des formes géométriques simples (cube, cercle) et un revêtement intérieur sans fioritures pourraient laisser supposer un espace un peu froid, alors qu'au contraire l'endroit est accueillant, probablement du fait de sa grande lisibilité et de la présence du bois. C'était probablement un choix délibéré de ne pas chercher à concurrencer l'exubérance et la richesse ornementale des haut-lieux sévillans, et c'est réussi, voire apaisant.

Ce concert du nouvel an de l'orchestre royal symphonique de Séville fait le choix d'un programme populaire alliant tradition espagnole, émotion lyrique et valses de Vienne, le tout avec un naturel évident. Si on ne connait pas forcément les compositeurs au programme (Chapí, Marquina, Álvarez, Chueca, Luna, Gimenez), on reconnait immédiatement certaines des musiques comme de grands classiques espagnols et repère dans les autres des éléments dont l'origine géographique ne fait pas de doute et qui parlent aux oreilles de chacun.

L'orchestre et son jeune chef Andrés Salado sont parfaits et ont visiblement plaisir à jouer, c'est un soir de fête et lors des rappels, le percussionniste remplacera quelques coups de timbale par des pêtards-fusées, aspergeant de paillettes la rangée de cornistes devant lui !

La soprano Raquel Lojendio, originaire de Tenerife, est à l'aise dans tous les registres. En première partie, très andalouse en robe rouge et châle noir, mi farouche mi provocante, elle interprète des airs espagnols endiablés tout comme la très jolie mélodie des Carceleras de Chapí. Place à l'émotion dans la seconde partie, avec un air de Rusalka puis le célèbre O mio babbino caro de Puccini, avant d'en quelque sorte boucler la boucle avec l'air de Musetta. Sa voix est belle, son timbre chaud, son chant précis et puissant, un nom à retenir et rechercher sur les scènes d'opéra.

On notera que la moyenne d'âge habituellement élevée des concerts classiques est tempérée par la présence de jeunes enfants particulièrement sages, et que tous semblent apprécier également la soirée, vive la musique !