dimanche 11 octobre 2015

Le Prisonnier - Le Château de Barbe-Bleue

Théâtre du Capitole, Toulouse

Le Prisonnier - Luigi Dallapicolla

Le Château de Barbe-Bleue - Béla Bartok


Orchestre national et choeur du Capitole
Tito Ceccherini, direction
Aurélien Bory, mise en scène

Le prisonnier
La mère, Tanja Ariane Baumgartner
Le prisonnier, Levent Bakirci
Le geôlier - l'inquisiteur, Gilles Ragon
Un prêtre, Dongjin Ahn
Un prêtre, Jean-Luc Antoine

Le château de Barbe-Bleue
Barbe-Bleue, Balint Szabo
Judith, Tanja Ariane Baumgartner
Le barde, Yaëlle Antoine
Première épouse, Leslie Barra
Deuxième épouse, Stéphanie Fuster
Troisième épouse, Katell Le Brenn

http://www.theatreducapitole.fr/1/saison-2015-2016/opera-540/le-prisonnier-le-chateau-de-barbe.html

Génialissime ! Extraordinaire ! Que les superlatifs pleuvent comme ce fut le cas des applaudissements à la fin de cette mémorable représentation du château de Barbe Bleue !

Mais commençons par le début et ce choix osé du Capitole de regrouper deux opéras âpres du 20e siècle traitant du thème de l'enfermement. Vous me direz qu'on peut difficilement mélanger Barbe-Bleue et Les mamelles de Tirésias, certes ! Mais les places libres laissaient supposer que certains abonnés avaient été rebutés par ces musiques et cette thématique et préféré passer ce chaud après-midi d'automne sous le soleil toulousain...

Il Prigioniero est un opéra de Luigi Dallapicolla très sombre, où l'espoir se révèle n'être qu'une illusion, pire, un piège. Un rideau flottant ferme la scène, sur lequel sont projetés les dessins de Vincent Fortemps, tels des graffiti à l'encre de Chine. Le prisonnier s'y appuie, s'y accroche dans son chemin vers la liberté, trébuchant, espérant. La musique hésite entre dissonance et bel canto, la lumière vacille, les chanteurs incarnent la douleur (Tanja Ariane Baumgartner), l'espoir et l'angoisse (Levent Bakirci) et la terreur (Gilles Ragon). Pas gai tout ça, mais superbement réussi !

Le Château de Barbe-Bleue, court et unique opéra de Béla Bartok, est souvent donné en version de concert, plus rarement mis en scène. Cela vient sans doute de la difficulté à trouver la valeur ajoutée d'une version scénique alors qu'en concert l'imagination fait le travail ! Le livret fait d'éléments très concrets - le château et ses portes - recèle un propos aux interprétations multiples. Conte psychanalytique, philosophique, portrait d'une relation homme femme, histoire d'amour et d'égoïsmes... Que faire de tout cela sur scène ?

Aurélien Bory crée un équilibre parfait entre symbolisme et réalisme, entre abstraction et figuration. Ce grand panneau fait de plusieurs arceaux que Judith mettra en mouvement à chaque ouverture de porte est tout simplement génial. Cette récitante en langage des signes rendrait jaloux tout metteur en scène. Et ce Barbe-Bleue et cette Judith sont à la fois figures humaines, mythiques et oniriques.

Sur le plan musical, l'orchestre dirigé par Tito Ceccherini nous capture dès les premières notes qui s'élèvent à l'aube de l'histoire. Balint Szabo est un Barbe-Bleue majestueux et mystérieux, on se délecte de la variété des Kekszakallu (Barbe-Bleue en hongrois) prononcés par Tanja Ariane Baumgartner. L'ouverture de la cinquième porte, halètement d'orchestre qui explose en un accord en fusion avec un cri de Judith, vous arrache des frissons.

Ce Château est un spectacle complet, pour les oreilles et les yeux, pour la raison et les sensations. Mémorable cadeau d'anniversaire, merci !